L’arrivée de Raïssa Malu à la tête du Ministère de l’Éducation Nationale et Nouvelle Citoyenneté avait suscité une vague d’espoir. Connue pour son engagement dans la promotion des sciences, on attendait d’elle une approche pragmatique pour redresser un système éducatif en souffrance. Pourtant, quelques mois après sa prise de fonction, l’espoir laisse place à une amère désillusion. Entre la flambée des frais illégaux et une obsession pour des technologies déconnectées de la réalité, la Ministre semble, aux yeux de nombreux parents, enfermée dans sa tour d’ivoire.
Le « Racket » Organisé des Parents
C’est un secret de polichinelle qui ne semble émouvoir personne au sommet de l’État : la gratuité de l’enseignement primaire, mesure phare du quinquennat, est en train d’être contournée, voire vidée de sa substance, par des pratiques mercantiles agressives.
Sur le terrain, la réalité est brutale. Les écoles, publiques comme conventionnées, se sont transformées en véritables comptoirs commerciaux.
* Vente forcée de fournitures : L’achat des uniformes, des journaux de classe et même des écussons se fait désormais au sein même des établissements, à des prix souvent triplés par rapport au marché.
* Frais connexes inventés : « Frais de motivation », « frais de construction », « frais de suivi »… l’imagination des chefs d’établissements est sans limite pour soutirer de l’argent aux parents déjà asphyxiés par la crise économique.
Face à ces abus flagrants, le silence du Ministère est assourdissant. S’agit-il d’une simple négligence due à une incompétence administrative, ou d’une complicité tacite pour compenser le manque de moyens alloués aux écoles ?
L’impunité dont jouissent les préfets et directeurs d’écoles, qui opèrent sans être inquiétés, penche dangereusement vers la seconde hypothèse.
La Fuite en Avant Technologique
Pendant que les parents peinent à payer des bancs ou des craies, Madame la Ministre semble avoir le regard tourné vers un futur hypothétique. La critique est sévère : Raïssa Malu est accusée de consacrer son temps et son budget à des « nouvelles technologies inutiles ».
Promouvoir le numérique à l’école est, en théorie, une ambition louable. Mais à quoi servent des tablettes ou des programmes de digitalisation sophistiqués dans des écoles qui manquent de toitures, d’électricité, ou d’enseignants qualifiés pour enseigner les bases de la lecture et du calcul ?
Cette focalisation sur la « Tech » apparaît comme une stratégie de poudre aux yeux. Elle permet de communiquer sur la modernité et l’innovation depuis le confort climatisé des bureaux ministériels, tout en ignorant la dégradation continue des aptitudes fondamentales des écoliers congolais. Le niveau baisse, l’orthographe se perd, mais le Ministère tweete sur la digitalisation.
Le Ministère du « Bureau »
Le reproche le plus cinglant adressé à Raïssa Malu est celui de la déconnexion. On décrit une Ministre qui n’a de temps que pour son bureau, ses audiences protocolaires et ses projets vitrines.
La « Nouvelle Citoyenneté », deuxième volet de son portefeuille, devrait commencer par le respect de la loi dans les écoles. Où sont les inspecteurs ? Où sont les sanctions exemplaires contre les établissements qui rançonnent les familles ?
L’éducation nationale ne se gère pas à coup de slogans technologiques ni derrière un bureau à Kinshasa. Elle se gère sur le terrain, en s’assurant que chaque franc déboursé par l’État ou les parents serve réellement à l’instruction de l’enfant, et non à l’enrichissement d’un système parallèle.
Si la Ministre ne change pas rapidement son fusil d’épaule pour s’attaquer aux vrais problèmes — le coût de la vie scolaire et la qualité réelle de l’enseignement — son passage au ministère restera dans les mémoires comme celui d’une occasion manquée, sacrifiée sur l’autel d’une modernité de façade.
Aimé Binda