En 2022, le gouvernement de la RDC a engagé un franco-suisse Kim Rebholz, spécialiste de la conservation, pour protéger le parc marin de la mangrove, une réserve naturelle internationalement reconnue située sur le littoral du pays. La forêt tropicale du bassin du Congo, à l’est, est la plus grande forêt tropicale après l’Amazonie.
Rebholz espérait étendre la zone protégée à toute la région. « J’étais très optimiste quant à notre capacité à obtenir de bons résultats », a-t-il déclaré au Bureau du journalisme d’investigation et à la Plateforme pour la protection des lanceurs d’alerte en Afrique.
Le parc marin de la mangrove abrite des lamantins et des tortues marines menacées. C’est là que le fleuve Congo achève son parcours de 4 800 kilomètres depuis les hauts plateaux de Zambie jusqu’à l’océan Atlantique. Classé zone protégée en 1992, il est par la suite reconnu par la Convention de Ramsar. Il est soumis à une réglementation stricte, bien que des dérogations puissent être accordées à certaines personnes dans certaines circonstances, « à condition que celles-ci restent compatibles avec les objectifs de conservation ». La pêche est autorisée dans la zone intérieure, mais uniquement si elle est susceptible de « perturber l’environnement naturel ».

La plantation découverte par Rebholz lors d’une patrouille est si vaste qu’elle est visible depuis l’espace. Située en plein cœur du parc, dans ce qui devrait être une zone sauvage, elle se déploie en rangées impeccables de palmiers à la forme d’étoile caractéristique, couvrant plus de 400 hectares (988 acres). À l’été 2025, elle était encore florissante. Un document cartographique daté de 2023, établi par le département de la gestion forestière, indique que la plantation est ainsi délimitée : « Terrain accaparé par une plantation privée de palmiers à huile appartenant à l’ancien chef d’État, au sein du parc des mangroves marines, ce qui réduit considérablement la superficie du parc. » Les habitants locaux ont confirmé cette accaparement des terres : « Ce terrain appartient toujours à Kabila… Sa résidence principale est ici. » Rebholz explique qu’en plus de violer le statut protégé du parc, la plantation prive les grands mammifères d’un habitat vital et que les buffles ont quasiment disparu de la région.

Rebholz avait également repéré sur des images satellite un port de bois illégal appartenant à Congo Dihao, un groupe chinois étroitement lié à une entreprise forestière appelée Maniema Union, comme l’a révélé une étude récente commandée par des agences de conservation internationales et congolaises. Cette dernière est liée à l’un des hommes de main de Kabila, le général Amisi. Plus à l’ouest, il a découvert un autre port illégal, cette fois-ci pour le pétrole. Un cadre de l’industrie pétrolière lui a indiqué que ce trafic représentait près d’un tiers du carburant vendu à Kinshasa.
Josephine Moulds et Sonya Rolley