À la veille du coup d’envoi de la Coupe du monde de football aux États-Unis, l’administration américaine intensifie ses pressions diplomatiques. Washington a officiellement sollicité le gouvernement belge pour qu’il instaure une interdiction d’entrée sur son territoire aux ressortissants congolais, dans le cadre d’une stratégie globale visant à contenir la propagation du virus Ebola.
Une demande sous forme d’ultimatum
L’ambassadeur des États-Unis en Belgique, Bill White, a transmis cette requête formelle aux autorités fédérales. Selon plusieurs médias belges (De Morgen et Het Laatste Nieuws), les instructions émanant de Washington sont claires : les pays hôtes européens doivent aligner leurs politiques de voyage sur les restrictions strictes imposées par les États-Unis. La menace est explicite : en l’absence de mesures similaires adoptées par ses alliés européens, le gouvernement américain envisage d’imposer ses propres interdictions d’entrée à l’encontre des pays récalcitrants.
La Belgique temporise et privilégie la science
Le ministre de la Santé, Frank Vandenbroucke, a confirmé avoir reçu cette demande, tout en affichant une position de fermeté face aux pressions américaines :
- Refus des mesures unilatérales : À ce stade, la Belgique — en concertation avec les autres États européens — ne prévoit pas d’instaurer d’interdiction d’entrée. M. Vandenbroucke s’appuie sur les recommandations de l’OMS et du Centre européen de prévention et de contrôle des maladies, soulignant qu’une telle mesure serait « contre-productive » pour le travail des soignants et la logistique sanitaire.
- Renforcement des contrôles : La priorité est donnée à des contrôles rigoureux aux départs, notamment dans les aéroports du Congo et de l’Ouganda, une initiative suivie au niveau européen pour soutenir les pays touchés.
- Protocole d’accueil : Le ministre a précisé que les dispositifs sont déjà en place pour isoler et traiter tout voyageur présentant des symptômes à son arrivée, avec des hôpitaux spécialisés dédiés à cet effet.
Un contexte diplomatique tendu
Au-delà de la gestion sanitaire, les déclarations de Frank Vandenbroucke témoignent d’une rupture diplomatique plus large avec l’administration Trump. Le ministre a ouvertement critiqué la politique américaine, qu’il juge déconnectée des données scientifiques et de la coopération internationale.
Il a notamment pointé la « responsabilité écrasante » des États-Unis vis-à-vis de l’Afrique, regrettant que l’administration actuelle ait mis fin à des pans entiers de la coopération internationale. « Nous nous en tenons à la science et nous ne nous laissons pas guider par une politique qui ne repose pas sur des données claires », a-t-il affirmé, mettant en garde contre les conséquences humaines dramatiques que pourraient engendrer ces décisions à long terme.
Contexte : Le Mondial sous la menace du virus
Bien qu’aucun cas d’Ebola n’ait été détecté sur le sol américain, la Maison Blanche craint que l’afflux massif de supporters internationaux attendu pour la Coupe du monde, qui débute ce 11 juin, ne facilite l’introduction du virus. Depuis le 18 mai, les États-Unis ont déjà verrouillé leurs frontières aux ressortissants de RDC, d’Ouganda et du Soudan du Sud, une mesure qui a provoqué une vive polémique, notamment concernant le remboursement des billets des supporters congolais.
Avec 7sur7.be