Face à la pression croissante du gouvernement de la République démocratique du Congo (RDC), la société Valornet déplace le conflit sur le terrain international en préparant une contre-attaque judiciaire en Belgique.L’entreprise s’apprête à déposer une plainte devant le parquet fédéral belge contre la société Castillo Valere, qu’elle accuse d’avoir indûment profité de son éviction du marché congolais des plaques d’immatriculation, a rapporté Africa Intelligence .Valornet (anciennement Syntell) gérait la plateforme informatique d’Identification Nationale des Véhicules (INV) depuis un partenariat public-privé signé en 2016, prolongé jusqu’en août 2026.
Le contrat arrivant à son terme en août 2026, le ministère des Finances congolais (dirigé par Doudou Fwamba Likunde) a refusé tout nouveau renouvellement, souhaitant que l’État reprenne la main sur l’ensemble du système et des données centralisées. Kinshasa soutient que les clauses du PPP imposent un transfert de technologie gratuit à la fin du contrat, exigeant la remise des codes sources et des logiciels.
La position de Valornet
Le directeur général de l’entreprise, Christian Muamba, refuse de céder la plateforme sans l’obtention préalable d’un dédommagement financier. Le groupe conteste également la réduction de moitié de sa quote-part sur la vente des plaques d’immatriculation décidée par le gouvernement fin 2025.L’État congolais a attribué en juillet 2025 un marché lucratif à la firme belge Castillo Valere pour la fabrication de 100 000 paires de plaques d’immatriculation sécurisées. Pour honorer et déployer ce contrat sur l’ensemble du parc automobile, les autorités ont impérativement besoin de la base de données et de l’infrastructure informatique détenues par Valornet. Face au blocage, le ministère des Finances tente actuellement de lancer une plateforme parallèle, mais celle-ci se heurte à des difficultés techniques.
L’escalade judiciaire nationale et internationale
La médiation menée par le vice-premier ministre chargé des Transports, Jean-Pierre Bemba, a échoué. La bataille se joue désormais sur trois fronts juridiques :
À Kinshasa : Le ministre d’État de la Justice a assigné Valornet devant le Tribunal de grande instance de Kinshasa-Gombe pour la contraindre au transfert et réclame 3 millions de dollars de dommages et intérêts.
Devant le Conseil d’État : Valornet a introduit un recours pour faire annuler les arrêtés ministériels réduisant ses gains contractuels.
En Belgique : Face à la pression des autorités congolaises, Valornet internationalise le conflit en organisant sa riposte judiciaire depuis Bruxelles. De son côté, l’entreprise belge Castillo Valere rejette toutes les accusations, niant avoir conçu ou repris la plateforme en question et renvoyant la responsabilité des décisions à l’État congolais.
Aimé Binda