« Si la relation entre nos deux pays n’est pas au beau fixe, c’est uniquement à cause de la Belgique », a déclaré Olivier Nduhungirehe, le ministre rwandais des Affaires étrangères, en visite à Bruxelles cette semaine. Lors de ce séjour, aucun contact n’était prévu avec les autorités belges. « Je suis ici pour rencontrer les instances de l’Union européenne », a-t-il précisé.
Maxime Prévot, le ministre belge des Affaires étrangères, a expliqué qu’il avait personnellement invité son homologue rwandais à une rencontre cette semaine, après avoir appris sa visite à Bruxelles à la dernière minute. « Je regrette que cette occasion de dialogue n’ait pas été saisie par mon collègue, qui m’a informé que son emploi du temps ne le permettait pas. Ma porte reste toujours ouverte. »
Les tensions entre les deux pays ne sont pas nouvelles. Il y a deux ans, Bruxelles avait refusé d’accréditer Vincent Karega, le nouvel ambassadeur du Rwanda, soupçonné d’avoir eu un comportement problématique lors de ses précédentes missions en Afrique du Sud et en République démocratique du Congo. L’été dernier, le Rwanda avait répondu par le silence à la demande belge d’accréditer son nouvel ambassadeur à Kigali. « En langage diplomatique, cela s’appelle de la réciprocité », a souligné Olivier Nduhungirehe.
Ces dernières semaines, les tensions se sont intensifiées après que Maxime Prévot a fermement dénoncé le soutien de l’armée rwandaise aux rebelles du M23 dans l’est de la République démocratique du Congo, menaçant Kigali de sanctions. « La Belgique refuse l’équidistance », a-t-il déclaré lors de la visite de son homologue congolaise à Bruxelles. « Dans le conflit en RDC, il y a clairement un agresseur, le Rwanda, et un agressé, la RDC. » Cette escalade verbale a conduit à la suspension de la coopération entre Bruxelles et Kigali.
« Les relations bilatérales sont effectivement tendues et difficiles en ce moment, et il faut avoir l’honnêteté de le reconnaître », a expliqué Maxime Prévot. « Je suis conscient que notre pays est particulièrement ciblé par le Rwanda en raison de nos positions sur la situation à l’est de la RDC. Le récit soutient que nous avons choisi le camp du Congo. Je ne suis pas surpris par ce type de caricature ou de déformation de la réalité, mais rien n’est plus éloigné de la vérité. Il s’agit plutôt d’un moyen facile pour détourner l’attention publique. Nous ne cherchons pas à manipuler qui que ce soit ou à promouvoir un agenda caché : notre unique boussole est le respect des droits humains, de l’État de droit et du droit international, ce qui explique notre action actuelle. »
La communauté internationale devient de plus en plus critique envers le Rwanda. La Belgique n’est pas la seule à exprimer des réserves depuis que les troupes du M23 ont pris les villes congolaises de Goma en janvier et Bukavu en février. Pour la première fois, le Conseil de sécurité de l’ONU a condamné le Rwanda pour son soutien au groupe rebelle. L’Union européenne a convoqué l’ambassadeur rwandais auprès de l’UE, tandis que le Canada, le Royaume-Uni et l’Allemagne ont annoncé la suspension de leur aide au développement destinée à Kigali.
Cependant, le Rwanda continue de nier les accusations malgré les preuves fournies par un groupe d’experts des Nations unies affirmant que près de 4000 soldats rwandais combattent aux côtés du M23. Interrogé par CNN, le président rwandais Paul Kagame a déclaré qu’il « ne savait pas » s’il y avait des soldats rwandais en RDC. Son ministre des Affaires étrangères maintient également cette position. « Le M23 est un mouvement congolais qui défend les communautés congolaises d’origine rwandaise qui ont toujours été marginalisées et persécutées au Congo », insiste Olivier Nduhungirehe. « Ce sont principalement des Tutsis qui se trouvent là à cause des décisions des puissances coloniales qui ont tracé des frontières artificielles. Et la Belgique porte une grande part de responsabilité dans cette situation. »
Kigali renverse les rôles. Selon les autorités rwandaises, c’est le Rwanda qui serait victime d’agression de la part du Congo. « Le Rwanda ne prend pas de territoire au Congo », avance le ministre rwandais des Affaires étrangères. « Nous avons simplement pris des mesures défensives le long de notre frontière, impliquant des opérations ciblées pour faire face aux menaces qui pèsent sur notre territoire. Depuis 30 ans, le mouvement responsable du génocide contre les Tutsis au Rwanda est entretenu au Congo par divers gouvernements congolais, comme les FDLR (Forces démocratiques de libération du Rwanda), qui ont mené des attaques régulières sur notre territoire en s’alliant à l’armée congolaise. Le président Tshisekedi a même déclaré publiquement qu’il allait bombarder Kigali ! Lors de la bataille de Goma fin janvier, nous avons découvert un arsenal militaire à notre frontière, clairement destiné à attaquer le Rwanda et non le M23. »
La collusion entre l’armée congolaise et les FDLR est avérée. Toutefois, il semble peu probable que cette alliance puisse mener une guerre sur le territoire rwandais tant l’armée rwandaise dispose d’un équipement moderne et d’une organisation efficace aux côtés du M23. La dernière attaque des FDLR au Rwanda remonte d’ailleurs à plusieurs années et leurs troupes ne compteraient plus que quelques centaines d’hommes, au maximum 2000 selon les experts des Nations unies.
Le président congolais Félix Tshisekedi a cependant renforcé la position de Kigali en s’alliant aux FDLR et en déclarant qu’il attaquerait le Rwanda « à la moindre escarmouche ». Cet argument est désormais utilisé par les autorités rwandaises pour tenter d’inverser les rôles et se présenter comme les victimes dans ce conflit qu’elles mènent aux côtés du M23 en RDC.
La Belgique critique également la RDC. « Nous avons clairement condamné la collaboration entre l’armée congolaise et les FDLR à plusieurs reprises », rappelle Maxime Prévot. « Cette collaboration est inacceptable pour nous et doit cesser immédiatement. À travers l’Union européenne, plusieurs membres des FDLR ont été sanctionnés, tout comme certains membres de l’appareil militaire congolais en raison de cette collaboration. Je suis fier que cela soit le fruit de nos efforts diplomatiques au sein de l’UE, contrairement à ce que l’on peut penser à Kigali. Je suis également satisfait de la poursuite de l’excellente coopération entre les systèmes judiciaires belge et rwandais concernant la poursuite des auteurs du génocide contre les Tutsis au Rwanda.
RTBF