Contrairement à Jules Alingete, Christophe Bitasimwa Bahii retire des agents de l’IGF des entreprises et établissements publics au profit d’une surveillance a posteriori des flux financiers de l’État.L’IGF risque de perdre une capacité de détection précoce des irrégularités.
En République démocratique du Congo (RDC), la nouvelle stratégie de l’Inspection générale des finances (IGF), dirigée par Christophe Bitasimwa Bahii (qui a succédé à Jules Alingete en mai 2025), marque un tournant majeur avec la fin de la « patrouille financière » permanente.
Les inspecteurs de l’IGF ont officiellement quitté les entreprises et établissements publics où ils exerçaient un contrôle a priori sur la chaîne de dépense.
La surveillance se concentre désormais sur l’analyse des flux financiers après réalisation, une approche jugée plus conforme aux standards d’audit mais qui inquiète les représentants des entreprises du portefeuille.
Défis techniques et stratégiques
Cette nouvelle méthode se heurte à des impasses techniques, notamment pour maintenir l’effet dissuasif contre la corruption sans présence physique constante. Pour y remédier, l’IGF a adopté en février 2026 un plan triennal de modernisation et a impulsé en mars 2026 une task force interinstitutionnelle avec d’autres services comme l’APLC pour renforcer la surveillance financière.
La nouvelle stratégie de l’Inspection générale des finances (IGF), telle que rapportée par des analyses récentes de Africa Intelligence, se heurte à plusieurs défis structurels et techniques.
L’impasse principale réside dans le retrait des agents des entreprises et établissements publics au profit d’une surveillance a posteriori des flux financiers de l’État.
En effet, le passage d’une présence physique à un contrôle à distance des flux financiers s’avère complexe à mettre en Å“uvre techniquement.
En se retirant du terrain au sein des structures publiques, l’IGF risque de perdre une capacité de détection précoce des irrégularités.
Concurrence et légitimité
L’IGF voit certains de ses métiers historiques être progressivement accaparés par d’autres acteurs perçus comme plus légitimes, notamment depuis la réforme de la haute fonction publique en 2022. Des tentatives gouvernementales visant à renforcer les capacités de contrôle de l’IGF ont été censurées par le Conseil constitutionnel, limitant l’expansion de ses prérogatives juridiques.Les membres de l’IGF eux-mêmes expriment des doutes face aux conséquences de la réforme de la haute fonction publique sur l’autonomie et les missions du service.
L’effet de « sanctuaire » : En retirant ses inspecteurs du cÅ“ur des entreprises publiques, l’IGF laisse un vide. Sans cette présence physique quotidienne, les gestionnaires de fonds publics peuvent se sentir moins scrutés, ce qui augmente le risque de malversations avant même que l’alerte ne puisse être donnée.
Le contrôle a posteriori intervient souvent trop tard. Une fois les fonds décaissés ou les contrats signés, la récupération des actifs détournés ou l’annulation de transactions litigieuses devient une procédure juridique complexe et incertaine.
La dépendance technologique
Pour que la surveillance des flux financiers soit efficace à distance, l’IGF doit disposer d’outils numériques d’interconnexion ultra-performants avec les banques et le Trésor. Or, le déploiement de ces systèmes accuse souvent des retards techniques.
La perte d’expertise métier : En ne s’immergeant plus dans le fonctionnement interne des établissements, les inspecteurs risquent de perdre la compréhension fine des mécanismes spécifiques à chaque secteur (énergie, mines, infrastructures), se limitant à une analyse comptable froide.
En somme, on passe d’un rôle de « sentinelle » (prévention) à un rôle de « médecin légiste » (constat des dégâts).
Aimé Binda