Face à une crise silencieuse qui brise l’avenir de millions de jeunes Congolais, le Programme National de Nutrition (PRONANUT) et l’UNICEF ont jeté une passerelle stratégique vers le monde des médias. La clôture de la première édition du concours journalistique sur la nutrition (Édition 2025) le vendredi 03 juillet a consacré neuf professionnels des médias comme les nouveaux « ambassadeurs » de la santé publique en République démocratique du Congo.
Un tableau sombre qui exige l’action Les derniers rapports de l’Enquête Nationale de Nutrition dressent un bilan implacable : en RDC, 47,9 % des enfants de moins de cinq ans souffrent d’un retard de croissance permanent, et près de 90 % des nourrissons de 6 à 23 mois n’ont pas accès à un régime alimentaire minimum acceptable. Au total, ce sont 11 millions d’enfants dont le développement physique et cérébral est durablement hypothéqué.
Pourtant, le paradoxe congolais demeure entier. Comme l’a rappelé le Directeur du PRONANUT, la malnutrition n’est pas seulement le produit de la pauvreté, elle se nourrit de l’ignorance et de lourdes barrières socioculturelles. Dans de nombreux ménages, des aliments locaux extrêmement riches en micronutriments et en protéines – comme les chenilles, les œufs ou les morceaux de viande de choix – sont systématiquement interdits aux enfants et réservés aux adultes ou aux pères de famille. De plus, malgré la richesse agricole du pays, l’alimentation des enfants manque cruellement de diversification, se limitant trop souvent aux céréales et aux tubercules, au détriment des fruits et légumes.
Le « Tam-Tam » des médias pour briser les tabous C’est pour briser ces croyances limitantes et propager « l’évangile de la nutrition » que ce concours a été initié à la suite de la Journée mondiale de l’alimentation. Pour cette grande première, l’engouement a été au rendez-vous : 38 candidatures ont été analysées par un jury d’experts, représentant 27 médias répartis à travers 6 provinces clés du pays (Kinshasa, Nord-Kivu, Sud-Kivu, Ituri, Maniema et Kasaï).
Josué Désiré Bapitani, s’exprimant au nom du Secrétariat Général à la Santé, a rappelé la mission cruciale dévolue à la presse : « Les journalistes sont le tam-tam de notre société. Par vos enquêtes et vos émissions, vous avez le pouvoir d’entrer dans les foyers, de modifier les comportements et de sauver des vies en informant correctement les familles ».
Des lauréats engagés sur le terrain Le palmarès de cette édition reflète la diversité et la pertinence des sujets abordés par les professionnels :
- Presse en ligne : La journaliste Christine Folo Singa (Tshikudu News) a décroché le premier prix grâce à un travail poignant sur la malnutrition infantile sévissant dans les zones de Malewa et de Ndjili. Elle est suivie par Trésor Mumbélé Panda (Oziano Info) et Natacha Tamasha (Jambo RDC).
- Télévision : Ange Kanyembo (Femme.cd) s’est hissée sur la première marche du podium. Le second prix a été décerné à Ernest Mwamba Kasongo (RTNC/Kilima FM), venu de Kalemie dans le Tanganyika, pour son reportage d’investigation sur l’impact direct des conflits armés et des déplacements de populations sur la nutrition des nourrissons.
- Radio : L’expérimenté Steve Mbuyi (B-One FM) a raflé la mise pour la catégorie radio.
- Prix spécial du jury : Fabrice Kabamba Ngalamulume (Net News) a été honoré pour l’originalité et la rigueur de sa production.
Équipés d’ordinateurs, d’appareils photo professionnels et de kits d’enregistrement de pointe, ces lauréats ont désormais la lourde tâche de faire reculer la courbe de la malnutrition, afin que la RDC de demain ne se vide pas de ses forces vives et de ses cerveaux. L’ambition des organisateurs est désormais pérenne : transformer ce concours en une tradition nationale touchant les 26 provinces du pays.
Aimé Binda