La victoire historique de nos Léopards embrase le pays et rappelle la puissance du sentiment national. Pourtant, cette communion fraternelle met en lumière une injustice silencieuse et de moins en moins tolérable. La majorité de ces héros qui font vibrer plus de 100 millions de Congolais sont nés à l’étranger. À l’image de centaines de milliers de jeunes de la diaspora, ils portent le Congo dans leur sang et dans leur cœur, mais restent légalement exclus de la communauté nationale.
Pendant que nous célébrons leurs exploits, la Constitution leur ferme la porte. Il est temps de mettre fin à ce traitement de faveur à géométrie variable et d’accorder, par la loi, la nationalité et le passeport à ces enfants de la RDC.
Enfants de la patrie à Kinshasa, mais « étrangers » dans les textes
L’article 10 de notre Constitution est catégorique : la nationalité congolaise est une et exclusive. En clair, un enfant né de parents congolais à Paris, Bruxelles, Londres ou Montréal, et qui possède la nationalité de son pays de naissance, perd automatiquement son droit à la nationalité congolaise.
C’est une rupture identitaire violente pour ces enfants à qui l’on transmet l’amour du Congo dès le berceau.
- Le paradoxe de l’engagement : Ces jeunes binationaux choisissent de représenter la RDC au détriment de nations européennes aux infrastructures bien plus développées.
- Le mur administratif : Pour ce choix du cœur, ils sont récompensés par des tracas administratifs, des demandes de visas pour venir sur la terre de leurs ancêtres, et l’impossibilité d’obtenir un passeport congolais de plein droit.
« Comment justifier qu’un enfant qui pleure de fierté en écoutant le Debout Congolais devant le monde entier doive remplir un formulaire de visa de tourisme pour fouler le sol de ses parents ? »
L’hypocrisie du « football business » : Ne les utilisons pas seulement pour les stades
La ferveur actuelle cache un opportunisme qui frise l’hypocrisie. Nous acceptons volontiers le talent, l’expertise et les sacrifices de ces enfants nés à l’étranger lorsqu’il s’agit de qualifier le pays en Coupe du Monde ou de redorer le blason national. Mais dès que le coup de sifflet final retentit, le rideau juridique retombe, et ils redeviennent des expatriés aux yeux de la loi.
Cette approche purement utilitariste est dangereuse et injuste :
- Un mépris du droit du sang : Être Congolais ne devrait pas dépendre du lieu de naissance ou d’une prouesse sportive. C’est un héritage, une lignée.
- Un frein pour l’avenir : En refusant de régulariser le statut de ces enfants binationaux, nous nous privons d’une jeunesse éduquée, patriotique et prête à investir dans tous les secteurs (médical, technologique, académique, entrepreneurial). Le football n’est que la partie visible du potentiel de notre diaspora.
Urgence législative : Pour une loi qui protège et intègre nos enfants
Le sursaut patriotique provoqué par cette Coupe du Monde doit être mis à profit par nos décideurs politiques. Le Parlement ne peut plus ignorer cette réalité sociologique : la RDC est un pays globalisé, et sa diaspora est sa plus grande richesse.
Il est urgent d’initier une réforme courageuse, soit par une loi d’exception pour les binationaux ayant rendu des services à la nation, soit, plus largement, par une révision pragmatique du code de la nationalité pour tous les enfants de parents congolais nés à l’étranger.
Le passeport congolais ne doit plus être un outil de négociation administrative pour les sportifs de haut niveau, mais un droit inaliénable pour chaque enfant de ce pays, peu importe la nationalité de son père ou de sa mère.
Ces enfants nés hors de nos frontières ont prouvé leur attachement à la RDC bien au-delà des exigences de la loi. Ils ont choisi le Congo alors que rien ne les y obligeait. Aujourd’hui, les Léopards gagnent sur le terrain, mais l’État congolais perd sur le plan moral en maintenant ses propres enfants dans l’illégalité identitaire. Il est temps que les autorités politiques emboîtent le pas aux sportifs : votez la loi, délivrez les passeports, et ramenez enfin nos enfants à la maison.
Tribune: Aimé Binda