La présence à Kinshasa de Fabien Singaye, gendre de Félicien Kabuga, le financier présumé du génocide des Tutsi en 1994 inquiète Kagame et Sassou
Les sécurocrates du président congolais Denis Sassou-Nguesso manifestent une vive inquiétude face à la présence prolongée à Kinshasa du Rwandais Fabien Singaye. Selon une enquête publiée par la revue Africa Intelligence, cet ancien diplomate et figure influente de l’ancien régime rwandais de Juvénal Habyarimana suscite de fortes tensions diplomatiques et sécuritaires dans la sous-région. À Kinshasa, Fabien Singaye bénéficie d’une attention particulière de la part de l’administration de Félix Tshisekedi. La présidence congolaise a notamment mis à sa disposition un véhicule issu de sa propre flotte officielle, ce qui témoigne de son niveau d’introduction auprès des cercles du pouvoir en RDC.
Les craintes de Brazzaville et de Kigali
Cette proximité irrite profondément le gouvernement rwandais de Paul Kagame, qui dénonce régulièrement les liens entre l’armée congolaise (FARDC) et les rebelles des FDLR (formés par d’anciens génocidaires rwandais). L’appareil sécuritaire de Denis Sassou-Nguesso à Brazzaville redoute les répercussions d’un tel rapprochement sur l’équilibre sécuritaire régional déjà très fragile entre les deux rives du fleuve Congo et le Rwanda.
Un profil controversé et un réseau étendu
Fabien Singaye est connu de longue date comme un diplomate rwandais à Berne et un opérateur de renseignement rwandais très influent sous l’ancien régime de Juvénal Habyarimana (dont il est le gendre, ainsi que du financier présumé du génocide Félicien Kabuga. Expulsé de Suisse en 1994 pour des activités d’espionnage, il a par la suite officié comme conseiller de l’ancien président centrafricain François Bozizé et comme interprète auprès du juge anti-terroriste français Jean-Louis Bruguière. Ses connexions historiques font de lui un acteur perçu comme déstabilisateur par les services de renseignement environnants. L’appareil sécuritaire de Denis Sassou-Nguesso (mené par des figures clés comme Jean-Dominique Okemba, secrétaire général du Conseil national de sécurité) perçoit les mouvements de Fabien Singaye de l’autre côté du fleuve Congo comme un facteur d’instabilité potentielle.
Coco Kabwika