Bukavu : le feu ravage deux écoles et tue au moins 26 élèves, un drame qui soulève de graves questions

Feu bukavu

Feu Bukavu

Un incendie d’une rare violence a endeuillé Bukavu, dans la province du Sud-Kivu, jeudi 10 septembre 2026. Deux établissements scolaires ont été touchés par les flammes dans le quartier Cimpunda, faisant au moins 26 morts parmi les élèves selon les dernières informations disponibles. Le bilan reste provisoire et pourrait encore s’alourdir.

Le drame s’est produit dans la commune de Kadutu, alors que les élèves se trouvaient dans leurs établissements. Les écoles primaires Ujamaa et Furaha ont été prises dans un incendie qui, selon les premiers témoignages recueillis sur place, aurait commencé dans une habitation voisine avant de se propager rapidement aux établissements scolaires.

Selon l’Associated Press, les autorités provinciales ont fait état de 26 élèves tués, dont 19 filles et 7 garçons, tandis que des dizaines d’autres personnes ont été blessées. L’agence précise que le bilan pourrait encore évoluer.

Une fuite transformée en tragédie

Au-delà des flammes, c’est surtout la panique qui aurait aggravé le bilan humain.

Des élèves auraient tenté de fuir par une sortie jugée trop étroite. Certains, pris au piège, auraient cherché à sortir par les fenêtres. Des témoins cités par AP évoquent des scènes de bousculade et de piétinement, tandis que plusieurs enfants seraient morts asphyxiés à l’intérieur de l’établissement.

Les blessés ont été conduits vers différentes structures sanitaires de Bukavu. Des personnels de santé ont décrit des établissements fortement sollicités par l’arrivée simultanée de nombreuses victimes.

La situation a été d’autant plus difficile que le secteur sanitaire du Sud-Kivu est déjà confronté à de fortes pressions liées à la crise sécuritaire et à l’épidémie d’Ebola qui sévit actuellement dans l’est de la RDC.

Des centaines d’habitations détruites

Le drame ne se limite pas aux établissements scolaires.

Selon Reuters, le feu a également détruit environ 300 habitations dans cette zone densément peuplée. Des sources locales ont rapporté des dégâts matériels considérables et de nombreuses familles se sont retrouvées sans abri.

La forte concentration des habitations et l’utilisation de matériaux facilement inflammables auraient favorisé la propagation rapide du feu.

Les circonstances exactes du départ de l’incendie restent cependant à établir.

Un bilan qui évolue

La prudence reste de mise concernant le nombre exact de victimes.

Le ministère congolais de l’Éducation nationale avait annoncé, dans son communiqué du 10 septembre, un premier bilan d’au moins 17 personnes décédées, parmi lesquelles des enfants. Le ministère indiquait également que l’origine du sinistre n’était pas encore établie et avait demandé à ses services de dresser un bilan documenté de la situation.

Dans les heures suivantes, les chiffres communiqués localement ont augmenté. Reuters faisait état d’au moins 24 enfants morts, tandis que l’AP rapportait ensuite 26 élèves décédés. L’Agence congolaise de presse a, de son côté, évoqué 27 enfants tués sur la base de sources hospitalières et scolaires.

Cette évolution montre que le bilan définitif devra attendre l’identification et le recoupement des victimes.

Pourquoi les incendies se multiplient-ils à Bukavu ?

Le drame intervient dans un contexte particulièrement préoccupant.

Le ministère de l’Éducation nationale reconnaît lui-même que Bukavu connaît une succession d’incendies, dont certains ont déjà touché des établissements scolaires et perturbé les conditions d’apprentissage. Il estime nécessaire que les causes de ces sinistres soient établies de manière rigoureuse et indépendante.

La question dépasse donc largement le seul incendie du 10 septembre.

Comment expliquer la répétition de ces catastrophes ? Les établissements scolaires disposent-ils de sorties de secours suffisantes ? Les voies d’accès permettent-elles aux secours d’intervenir rapidement ? Les quartiers fortement urbanisés disposent-ils d’un dispositif efficace de lutte contre les incendies ?

Autant de questions qui devraient désormais être au centre des investigations.

Le drame d’une ville déjà fragilisée

Bukavu traverse depuis plusieurs mois une situation exceptionnelle.

La ville est contrôlée par l’AFC/M23 depuis février 2025, dans le contexte de la crise sécuritaire qui continue de déstabiliser l’est de la RDC. Cette situation complique également l’accès aux services publics et aux mécanismes classiques de secours et de protection de la population.

Dans ce contexte, l’incendie de Kadutu prend une dimension particulièrement dramatique : derrière les statistiques se trouvent des familles qui ont perdu des enfants, des élèves qui ont perdu leurs camarades et des habitants qui ont perdu leur logement.

L’urgence désormais : identifier les victimes et secourir les familles

Au-delà de l’émotion, les autorités et les acteurs humanitaires devront répondre à plusieurs urgences : prise en charge des blessés, identification des victimes, accompagnement psychologique des enfants et des familles, relogement des sinistrés et continuité de la scolarité pour les élèves concernés.

Le ministère de l’Éducation nationale a annoncé avoir demandé l’identification des besoins immédiats des élèves, des enseignants et des communautés touchées, ainsi que l’examen des mesures permettant d’assurer la continuité des apprentissages.

Mais une autre question demeure : comment empêcher qu’un tel drame ne se reproduise ?

À Bukavu, l’incendie qui a frappé Ujamaa et Furaha pourrait ainsi devenir un nouveau signal d’alarme sur la sécurité des écoles, l’urbanisation des quartiers populaires et la capacité de réponse aux catastrophes dans l’est de la RDC.

CongoVirtuel continuera à suivre l’évolution du bilan, l’identification des victimes et les conclusions des éventuelles enquêtes sur l’origine de l’incendie.

Aimé Binda

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