Le projet de barrage transfrontalier Ruzizi III:Le retrait de la firme chinoise Dongfang Electric Corp.donne l’avantage aux turcs Nurol İnşaat, Summa et au sud-coréen Summa DL E&C
Le projet de barrage transfrontalier Ruzizi III, destiné à fournir de l’électricité au Burundi, à la République démocratique du Congo (RDC) et au Rwanda, subit un nouveau coup dur suite au retrait de la firme chinoise Dongfang Electric Corp.
Ce désengagement fragilise un chantier déjà repoussé depuis plus de deux décennies et met en lumière les rivalités géopolitiques directes entre Pékin et Washington dans la région des Grands Lacs,a rapporté Africa Intelligence
Le projet Ruzizi III (estimé à une puissance finale de 206 MW) fait partie des mesures de pacification activement soutenues par les États-Unis pour stabiliser les relations de voisinage entre Kinshasa, Kigali et Gitega. Le départ de l’entreprise chinoise s’inscrit au cœur des tensions politiques sino-américaines.
Malgré ce retrait industriel, les actionnaires majoritaires privés du consortium Ruzizi Hydropower Plant Project Company (RHPCL) demeurent le géant français TotalEnergies (via sa filiale SN Power) et le fonds Industrial Promotion Services (IPS) du groupe Aga Khan. L’américain Anzana Electric Group s’est également positionné comme partenaire stratégique.
Des défis sécuritaires persistants:la création d’une zone démilitarisée autour du futur barrage
Au-delà du retrait de la firme chinoise, le projet continue de faire face à d’importants blocages, notamment les tensions persistantes sur le terrain, le contrôle militaire instable dans le Sud-Kivu, et les réticences quant à la création d’une zone démilitarisée autour du futur barrage. Alors que le Burundi et le Rwanda ont rapidement validé le statut d’« entreprise communautaire » pour la société de projet Ruzizi III Energy Limited (REL), la RDC freine des deux pieds. Les autorités congolaises refusent d’accorder les avantages fiscaux et légaux demandés, ce qui paralyse l’avancée administrative globale. Pour rassurer les investisseurs et des actionnaires de poids comme TotalEnergies, Washington et les promoteurs du projet poussent fortement pour la création d’une zone démilitarisée de quelques kilomètres carrés autour du futur site de construction. Kinshasa s’y oppose fermement, y voyant une ingérence extérieure et un abandon inacceptable de sa souveraineté nationale au profit d’acteurs régionaux perçus comme hostiles. La zone d’implantation (en territoire de Walungu, vers Kamanyola) est prise en étau dans un conflit complexe. La résurgence des affrontements impliquant les rebelles du M23 (soutenus par le Rwanda), l’armée congolaise (FARDC) et ses milices alliées, couplée à l’utilisation massive de drones, crée un environnement à haut risque. Le retrait récent des casques bleus de la MONUSCO du Sud-Kivu a encore accru ce vide sécuritaire, refroidissant des bailleurs institutionnels clés comme la Banque européenne d’investissement (BEI).
L’avantage pour Nurol-DL-Summa
Le départ de la firme chinoise laisse le champ libre au second finaliste. Ce consortium associe les entreprises turques Nurol İnşaat et Summa à la firme sud-coréenne DL E&C. Déjà bien implantée dans la région (Summa a notamment construit le Kigali Convention Centre au Rwanda), cette alliance américano-compatible renforce sa position face aux bailleurs occidentaux.
Le groupe égyptien Orascom doit désormais trouver un constructeur ou un fournisseur d’équipements hydroélectriques de remplacement pour rester crédible auprès de la société de projet, sous peine de voir l’appel d’offres attribué d’office à ses concurrents. Les institutions financières internationales comme la Banque mondiale ou la BAD, qui financent une large part des 800 millions de dollars du projet, doivent décider si elles valident une restructuration de l’offre d’Orascom ou si elles actent la victoire par forfait du consortium turco-coréen.
Rédaction