ADEX RDC S.A: Les professionnels de diamants d’Anvers critiquent le choix de la société suisse Adex Platform AG dirigée par l’ex cinéaste danois Teit Ritzau pour L’établissement d’une usine de taille de diamants dans le grand Kasaï
Kinshasa a choisi la start-up suisse Adex Platform AG pour tenter de relancer et moderniser sa filière diamantifère, une décision qui suscite toutefois l’interrogation et le scepticisme de plusieurs acteurs historiques de l’industrie, notamment à Anvers. L’accord de partenariat, signé par le ministre des Mines Louis Watum Kabamba, porte sur la création d’une coentreprise détenue à parts égales (50/50) entre la société suisse et le Fonds Minier pour les Générations Futures (FOMIN) de la RDC. Cette nouvelle entité, baptisée ADEX RDC S.A., vise officiellement à transformer la gestion des pierres précieuses issues notamment de l’exploitation artisanale.
L’établissement d’une usine de taille de diamants et de bijouterie répondant aux standards internationaux au Congo, afin de générer de la valeur ajoutée et des emplois locaux.Bien que l’accord ait été finalisé dès la fin du mois de juin 2026, les détails entourant la sélection d’Adex Platform relancent les discussions en septembre 2026.
Le profil de cette entreprise suisse spécialisée dans les technologies diamantaires est jugé « intriguant » par certains observateurs du secteur. La décision de Kinshasa de privilégier ce nouvel acteur pour dynamiser l’Espace Grand Kasaï bouscule la concurrence. À Anvers, plaque tournante historique du commerce mondial de diamants, la pilule passe mal. Les opérateurs belges, qui défendaient une stratégie alternative pour sécuriser et valoriser la production de la RDC, s’interrogent ouvertement sur la viabilité et les motivations réelles derrière ce partenariat helvétique. Les détracteurs du projet en RDC (et les opérateurs belges évincés) lorgnent son profil avec méfiance : ils pointent du doigt le fait qu’une entreprise suisse, pilotée par un ancien réalisateur danois et basée dans le canton de Schwyz, n’a aucune usine de taille de diamant historique à son actif et gère ce projet titanesque via une structure légère. Pour Anvers, la promesse de Teit Ritzau de transformer localement la production congolaise relève pour l’instant d’un pari technologique audacieux, voire d’un « coup marketing”. Pour Anvers, confier l’avenir du diamant du Grand Kasaï à un intermédiaire sans assise industrielle solide met en péril la régulation d’un secteur artisanal à 85 % informel.
La réplique congolaise
Mené par le ministre des Mines Louis Watum Kabamba, Kinshasa rétorque que les modèles classiques n’ont jamais réussi à endiguer la contrebande ni à enrichir les creuseurs locaux. En choisissant un partenaire technologique neutre plutôt qu’un comptoir d’achat traditionnel, la RDC espère garder la main sur ses données stratégiques et diversifier ses canaux de commercialisation.
En effet, La solution suisse (ADEX) propose le déploiement d’une plateforme numérique centralisée gérée en coentreprise (50/50) avec l’État congolais (via le FOMIN). Cette interface doit numériser et sécuriser l’ensemble des transactions pour permettre des ventes directes aux marchés mondiaux, court-circuitant de fait les comptoirs d’achats traditionnels souvent liés aux réseaux anversois.
Juste avant la signature de l’accord RDC-ADEX, l’Antwerp World Diamond Centre (AWDC) a orchestré en juin 2026 la toute première vente internationale de diamants artisanaux congolais 100 % traçables via son propre programme pilote baptisé OrigemA. Financé par la Belgique, OrigemA utilise une technologie accessible sur le terrain pour connecter les coopératives du Kasaï directement aux enchères d’Anvers, garantissant des prix équitables. Anvers cherche ainsi à prouver que ses propres mécanismes de conformité sont plus matures que les promesses technologiques d’ADEX.
Rédaction