La Chine face au conflit en RDC : entre intérêts économiques et changement de posture diplomatique

La République démocratique du Congo (RDC) est le théâtre d’un conflit qui met à rude épreuve la politique de neutralité de la Chine. Alors que Pékin a longtemps privilégié ses intérêts commerciaux en Afrique, la situation dans l’est de la RDC, marquée par l’offensive des rebelles du M23 soutenus par le Rwanda, a contraint la Chine à adopter une position plus critique.

Un changement de ton significatif

Depuis 2021, la région de l’est de la RDC est secouée par les affrontements entre l’armée congolaise et le M23. Initialement, la Chine s’était contentée de condamner les « forces étrangères » soutenant les rebelles.

Cependant, face à l’escalade du conflit et à la prise de villes stratégiques comme Goma et Bukavu par le M23, Pékin a changé de ton.
En février dernier, l’ambassadeur chinois à l’ONU a explicitement appelé le Rwanda à cesser son soutien militaire au M23 et à retirer ses troupes de la RDC. Cette prise de position marque une rupture avec la politique traditionnelle de non-ingérence de la Chine dans les affaires africaines.

Les enjeux économiques derrière la posture chinoise

Ce changement de posture diplomatique pourrait être motivé par les intérêts économiques considérables de la Chine en RDC. Les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, épicentre des combats, regorgent de ressources minières cruciales pour l’industrie chinoise, notamment l’or et le coltan.

Le coltan, minerai essentiel à la fabrication d’appareils électroniques, est extrait en grande quantité dans cette région. La Chine, qui importe massivement ce minerai, pourrait voir ses approvisionnements perturbés par le conflit. De plus, des entreprises chinoises sont impliquées dans des projets d’infrastructure majeurs en RDC, tels que la construction de routes et de centrales hydroélectriques.


Un équilibre délicat à maintenir

La Chine se trouve dans une position délicate, car elle entretient des relations économiques étroites tant avec la RDC qu’avec le Rwanda. Le Rwanda, qui a acheté des armes chinoises, fait également partie de l’initiative chinoise « Belt and Road ».
Pékin doit donc trouver un équilibre entre la défense de ses intérêts économiques et la nécessité de contribuer à la stabilité de la région. La Chine a soutenu une résolution du Conseil de sécurité de l’ONU appelant le Rwanda à retirer ses troupes de la RDC, mais elle s’efforce de maintenir des relations cordiales avec les deux pays.

Un rôle croissant dans la résolution du conflit ?
La Chine, en tant que partenaire économique majeur de la RDC et du Rwanda, pourrait jouer un rôle croissant dans la recherche d’une solution pacifique au conflit. Ses investissements massifs dans la région lui confèrent une influence considérable, qu’elle pourrait utiliser pour encourager le dialogue et la coopération.

Cependant, il reste à voir si la Chine est prête à s’engager plus activement dans la résolution du conflit, au-delà de ses déclarations diplomatiques. La situation en RDC met en lumière les défis auxquels est confrontée la Chine dans sa quête d’influence en Afrique, où elle doit concilier ses intérêts économiques avec les impératifs de stabilité et de paix.

Coco K. et BBC

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