Kinshasa — La marche de la Coalition Article 64 (C64), organisée mardi 15 septembre 2026 contre tout projet de changement de la Constitution, devait constituer un important moment de mobilisation de l’opposition congolaise. Elle s’est finalement transformée, à Kinshasa, en une confrontation qui a considérablement perturbé le rassemblement.
Partie de l’Échangeur de Limete, la manifestation devait se poursuivre en direction du boulevard Triomphal, avec comme point de chute le siège de l’ECiDé de Martin Fayulu, situé à proximité du Palais du peuple. Selon les informations rapportées avant et pendant la marche, plusieurs milliers de militants avaient rejoint le cortège.
Mais c’est précisément à Limete, aux environs des 10ᵉ, 11ᵉ et 12ᵉ rues, que la mobilisation a basculé.
La 10ᵉ rue, un passage devenu hautement sensible
Le principal enseignement de cette journée tient peut-être moins au nombre de manifestants présents au départ qu’au choix du parcours emprunté par le cortège.
En traversant un secteur où se trouvent plusieurs structures et bastions de l’UDPS, notamment dans la zone de la 10ᵉ rue, la manifestation de l’opposition s’est retrouvée dans un environnement politiquement particulièrement sensible. Des militants présentés comme appartenant à la Force du progrès, structure liée à l’UDPS, ont été signalés sur le parcours.
Actualite.cd rapporte que des barrières avaient été érigées par des militants de l’UDPS au niveau de la 12ᵉ rue pour empêcher la progression de la manifestation. La police a ensuite fait usage de gaz lacrymogènes pour disperser les participants.
D’autres médias rapportent également des affrontements entre les manifestants et des éléments présentés comme appartenant à la Force du progrès. Le bilan exact des blessés, interpellations et éventuelles disparitions demeurait toutefois à établir avec précision au moment des premières publications.
Fallait-il éviter cette zone ?
C’est l’une des questions que soulève désormais cette mobilisation.
L’opposition savait que la 10ᵉ rue et ses environs constituaient une zone politiquement sensible. Elle aurait donc pu, dans la préparation de son dispositif, envisager différents scénarios : modification du parcours, point de rassemblement alternatif ou concentration directe vers le boulevard Triomphal.
Ce choix n’aurait évidemment pas garanti l’absence d’incidents. Mais l’expérience du 15 septembre montre qu’un itinéraire traversant une zone fortement politisée comportait un risque évident de confrontation entre militants de camps opposés.
Le problème n’est donc pas uniquement celui de la répression ou des affrontements. Il concerne également la gestion politique et sécuritaire d’une manifestation dont l’objectif premier était de rassembler le plus largement possible les opposants.
Une mobilisation amputée en cours de route
Le résultat a été particulièrement visible : alors que plusieurs milliers de personnes avaient rejoint le cortège à l’Échangeur, une partie importante des manifestants a été dispersée avant d’atteindre le point de chute prévu au siège de l’ECiDé.
Les gaz lacrymogènes, les affrontements et la panique ont progressivement désorganisé le cortège. Radio Okapi rapporte que la mobilisation à Kinshasa a été marquée par un important dispositif sécuritaire et plusieurs incidents, tandis qu’AP rapporte que la manifestation, initialement pacifique, a dégénéré après des affrontements avec des partisans favorables au pouvoir.
Autrement dit, la question n’est pas seulement de savoir qui a provoqué les affrontements, mais aussi de comprendre comment une mobilisation destinée à démontrer la capacité de rassemblement de l’opposition a pu être interrompue avant son arrivée au lieu où elle devait précisément montrer son ampleur.
Fayulu parle de « guet-apens »
Après les incidents, Martin Fayulu a accusé le pouvoir d’avoir organisé un « guet-apens ». Il affirme avoir été confronté à des hommes munis d’armes blanches et avoir dû faire demi-tour sur les conseils de sa garde rapprochée.

Delly Sesanga a également mis en cause la Police nationale congolaise et la Force du progrès, demandant que les responsabilités soient établies.
Ces accusations constituent la lecture des dirigeants de la C64. Elles doivent être distinguées des faits établis : des affrontements ont effectivement eu lieu, des gaz lacrymogènes ont été utilisés et le cortège a été empêché de poursuivre normalement sa progression. En revanche, la responsabilité exacte de chaque acteur et le caractère éventuellement prémédité de ces incidents nécessitent des éléments d’enquête supplémentaires.
Un enseignement pour les prochaines mobilisations
La journée du 15 septembre pourrait ainsi ouvrir un débat au sein de l’opposition congolaise sur la préparation de ses futures manifestations.
Une mobilisation politique ne se mesure pas seulement au nombre de personnes présentes au départ. Elle dépend également de la capacité des organisateurs à maintenir le cortège groupé, à éviter les points de confrontation prévisibles et à conduire les manifestants jusqu’au lieu de rassemblement final.
Dans le cas de la C64, l’objectif affiché était notamment de réunir les militants au siège de l’ECiDé, sur le boulevard Triomphal, à proximité du Parlement. Or, le principal épisode de la journée s’est finalement déroulé plusieurs kilomètres en amont, autour de la 10ᵉ à la 12ᵉ rue de Limete.
La mobilisation a donc été interrompue avant d’atteindre son véritable point politique.
Le véritable bilan du 15 septembre
Au-delà des accusations réciproques, la marche du 15 septembre laisse une interrogation majeure : une opposition qui souhaite démontrer sa capacité de mobilisation peut-elle se permettre de maintenir un itinéraire susceptible de transformer une manifestation politique en affrontement entre militants ?
La réponse appartient aux responsables de la C64 et à leurs stratégies futures.
Une chose est toutefois établie : le passage par la zone de la 10ᵉ rue a constitué le principal point de rupture de la manifestation à Kinshasa. L’affrontement qui s’y est produit a provoqué la dispersion d’une partie du cortège et a empêché de nombreux militants d’atteindre le point de chute prévu.
La marche du 15 septembre aura donc peut-être produit un paradoxe : une mobilisation organisée pour montrer la force de la rue s’est retrouvée fragilisée précisément au moment où elle devait démontrer cette capacité de rassemblement.
RGL