Le mastodonte kazakh tente de reprendre le contrôle de ses permis, envahis par des creuseurs à la solde de puissants réseaux d’exploitation illégale. Ces derniers entremêlent les intérêts d’hommes d’affaires chinois et de hauts responsables militaires et politiques, a rapporté Africa Intelligence.
Eurasian Resources Group (ERG) a déposé une plainte officielle via le cabinet kinois M.M & Associates pour dénoncer le pillage de ses concessions minières en République démocratique du Congo (RDC). Le document a été adressé au lieutenant-général Lucien-René Likulia Bakumi, auditeur général des FARDC, ainsi qu’au président Félix Tshisekedi et à la première ministre Judith Suminwa Tuluka.ERG dénonce l’occupation de ses sites par des membres de la Garde républicaine et des soldats de la 22ème région militaire des FARDC, qui protégeraient des réseaux d’exploitation illicite.L’exploitation illégale, qualifiée de quasi-industrielle, touche principalement les concessions de Boss Mining, Comide et Swanmines dans les provinces du Haut-Katanga et du Lualaba.Le groupe exige l’ouverture d’enquêtes judiciaires et disciplinaires, l’identification et la poursuite des officiers impliqués, ainsi que la sécurisation légale de ses permis de concession. La plainte dénonce l’occupation illégale des concessions d’ERG par des éléments de la Garde républicaine (GR), spécifiquement une quarantaine de soldats d’élite, ainsi que par le commandement de la 22e région militaire des FARDC. Ces forces assurent la sécurité d’une exploitation mécanisée quasi industrielle. Les enquêtes internes d’ERG dénoncent une occupation supervisée par des unités d’élite bénéficiant de protections au plus haut niveau de l’État. Le général-major Ephraim Kabi Kiriza, chef de la GR, est cité pour avoir sécurisé ces trafics via son avocat et la coopérative Comibakat. Environ quarante soldats d’élite de la GR seraient déployés sur ces sites.Le général Gabriel Amisi Kumba (dit « Tango Four ») est accusé de superviser ces activités par l’intermédiaire de membres de sa famille (son fils Trésor et son neveu Bonté Amisi). Le commandement de la 22e Région Militaire région, ainsi que des éléments de la Police Nationale Congolaise (PNC), fourniraient une protection logistique et sécuritaire aux exploitants illégaux.En effet, ce pillage repose sur une collaboration entre acteurs locaux et internationaux notamment New Lebanese Business Co (NBLC), Dirigée par Mohamed Saad (dit « Hamoudi »), cette structure est suspectée d’être liée au « cartel Congo Futur » (visé par des sanctions américaines pour financement présumé du Hezbollah) et Comibakat, une coopérative, liée à la gouverneure Fifi Masuka Saini, est au centre de l’exploitation sur les concessions d’ERG sous protection militaire.En outre, Des entreprises chinoises possédant des usines de traitement de minerais sont impliquées dans la transformation et l’exportation des produits extraits illégalement.
Bien que l’auditorat militaire ait été saisi et que le Conseil national de sécurité ait orienté ses investigations vers des officiers de haut rang (y compris l’inspecteur général des forces armées et le chef de la GR), aucune intervention concrète n’a été menée pour démanteler ces réseaux.Cette situation place la division Afrique d’ERG, dirigée par Davron Vakhabov, dans une position critique. Les pertes pour l’entreprise et le Trésor public congolais sont estimées à près de 2 milliards de dollars par an.
Cependant, les demandes de Davron Vakhabov auprès de l’auditorat militaire pour ouvrir des enquêtes disciplinaires et déloger les éléments des FARDC (Forces armées de la RDC) impliqués dans la protection de ces mines illégales sont restées sans réponse concrète jusqu’à présent.
l’Affaire ERG »Alertes à Félix Tshisekedi
Le dossier ERG a empoisonné les relations bilatérales, notamment lors de la visite du président Tshisekedi au Kazakhstan en septembre 2025. Bien que le président ait publiquement rappelé à son entourage l’obligation de respecter la loi, l’implication présumée de membres de la « famille présidentielle » dans certains litiges miniers complique toute intervention directe de l’État.Les directives du gouvernement central semblent être systématiquement court-circuitées sur le terrain par des structures provinciales ou des officiers de la Garde Républicaine sous surveillance du Conseil National de Sécurité. Malgré la plainte, les opérations restent en partie suspendues ou sous haute surveillance suite à des incidents environnementaux passés et des exigences de mise en conformité du ministère des Mines.
Le projet de développement de 800 millions de dollars Comide subit des retards dus à l’insécurité sur les concessions, malgré la construction d’une usine hydrométallurgique.Face à ce « deadlock », ERG a signé en février 2026 un protocole d’accord avec l’Entreprise Générale du Cobalt (EGC) pour céder certains droits miniers à l’exploitation artisanale légale, une tentative de Vakhabov pour transformer une occupation illégale subie en un partenariat encadré par l’État.En résumé, l’inaction politique dénoncée s’explique par un conflit d’intérêts au sommet de l’État, où la volonté officielle de formalisation se heurte à une économie de prédation locale solidement ancrée.
Coco Kabwika