Kinshasa observe avec prudence, tout en privilégiant le dialogue et l’entente en cas de dérapage, le déploiement des hommes d’Africa Corps au sein de la Direction générale de la sécurité présidentielle (DGSP) au Congo Brazzaville. Les deux présidents de deux capitales les plus rapprochées du monde prennent apparemment deux chemins opposés pour leur sécurité personnelle. Félix Tshisekedi préfère l’option israélienne pour sa sécurité alors Sassou-Nguesso recourt de plus en plus aux agents russes réduisant ainsi l ‘influence de la France au Congo Brazzaville.
Visite de Yunus-bek Yevkurov a Brazzaville
Le vice-ministre russe de la Défense, Yunus-bek Yevkurov, prépare une importante tournée militaire en Afrique prévue du 13 au 17 septembre 2026.
Accompagné d’une délégation de hauts responsables de l’armée russe — dont le haut gradé Alexander Semyonovich Sanchik et le chef de la logistique du ministère, le général Valery Solodchuk — cette mission vise à consolider les partenariats militaires de Moscou et à étendre l’influence d’Africa Corps. L’itinéraire prévoit des étapes stratégiques à Madagascar, en Tanzanie, au Congo et au Tchad. En effet,dans une perspective de l’extension de la guerre russo – ukrainienne en Afrique, les sécurocrates de Félix Tshisekedi veulent rester au milieu pour ne pas fâcher Moscou ni Kiev. Kinshasa ne veut pas prendre la part de l’un au détriment de l’autre dans un contexte où Kiev veut contrer la Russie en Afrique. Début 2026, Kiev a mis en place un département spécifiquement consacré à l’Afrique et aux organisations régionales africaines. Autrefois rattaché au Moyen-Orient, il a été confié à Liubov Abravitova, ancienne ambassadrice en Afrique du Sud. En mars 2026, la présidence ukrainienne a tenu sa toute première réunion de coordination interservices dédiée à l’expansion en Afrique, sous l’impulsion du chef du renseignement militaire Kyrylo Budanov.
Africa Corps de Poutine étend son influence auprès de Denis Sassou-Nguesso
Déployés depuis un an au sein de la sécurité présidentielle, les hommes du groupe russe gagnent en visibilité à Brazzaville. En outre, Moscou cherche désormais à consolider ses investissements dans le pétrole, a rapporté Africa Intelligence.
Présents depuis un an au Congo au sein de la Direction générale de la sécurité présidentielle (DGSP), les hommes d’Africa Corps ont pour la seconde fois été déployés aux abords du défilé militaire organisé le 15 août pour la fête de l’indépendance, sur le boulevard Alfred-Raoul, l’une des principales artères de Brazzaville.
Un mois plus tôt, le 14 juillet, plusieurs dizaines d’éléments commandés par Alexeï Fedorets avaient déjà accompagné, juchés sur des pick-up, les soldats de la DGSP afin de sécuriser le déplacement du président Denis Sassou-Nguesso à Kinkala, chef-lieu du département du Pool, historiquement hostile au pouvoir.
Le déploiement de ces paramilitaires dans ce pré carré français, où Paris perd en influence, se déroule dans un contexte où le parquet parisien a relancé l’affaire de biens mal acquis contre Antoinette Sassou-Nguesso.
Les mouvements de Françoise Joly, la Rwandaise, intermédiaire clé entre Brazzaville et Moscou
L’opération de rapprochement avec la Russie a notamment été suivie par la représentante personnelle de Sassou-Nguesso , Françoise Joly, qui s’emploie depuis plusieurs années à renouveler les liens anciens entre Moscou et Brazzaville.
Françoise Joly est la représentante personnelle du président de la République du Congo, Denis Sassou-Nguesso, chargée des affaires internationales avec le rang ministériel de ministre d’État. D’origine franco-rwandaise, elle s’est imposée ces dernières années comme la figure centrale et l’architecte de la diplomatie parallèle et stratégique du régime congolais. Bien qu’elle n’ait pas de mandat électif direct, son influence sur la politique étrangère dépasse celle du ministre officiel des Affaires étrangères. Elle pilote les dossiers hautement stratégiques directement depuis les antichambres de la présidence à Brazzaville. Des enquêtes révèlent qu’elle a notamment facilité les discussions et l’autorisation de déploiement de l’unité paramilitaire russe Africa Corps (ex-Wagner) sur le sol congolais, en particulier autour de Brazzaville et de l’aéroport d’Oyo.
Avec Françoise Joly, la coopération russo-congolaise est passée à la vitesse supérieure. La construction de l’oléoduc Pointe-Noire-Loutété-Maloukou-Tréchot, censé sécuriser l’approvisionnement en carburant de la capitale, est en cours. En 2025, l’entreprise pétrolière russe ZNGS-Prometey et la Société nationale des pétroles du Congo (SNPC) ont créé une coentreprise, détenue à 90 % par les Russes, pour porter le projet. Le 17 juin, le directeur général de la SNPC, Maixent Raoul Ominga, a d’ailleurs été décoré de la médaille de chevalier de l’ordre de l’amitié russe, en compagnie de Serge Oboa et de Françoise Joly.
Proche du président congolais Denis Sassou-Nguesso et du président togolais Faure Gnassingbé, Françoise Joly
déploie une diplomatie parallèle entre Paris, Moscou, Kigali et les capitales africaines qui enquiete sur Kinshasa.
Outre des déploiements des agents russes, l’accord Brazzaville – Moscou prévoit aussi des formations au maniement des drones et à l’usage de matériel de surveillance aux hommes commandés par Serge Oboa.
Les mouvements de Françoise Joly, une ressortissante française d’origine rwandaise et conseillère de l’ombre de premier plan de Sassou-Nguesso ayant acquis une influence plus que le traditionnel canal DOK (Dominique Okemba) inquiètent beaucoup Kinshasa.
RGL