Sultani Makenga et ses commandants armés contrôlent physiquement les opérations minières à Rubaya et Lomera, ils dictent le cash flow et le budget de tout l’espace sous contrôle du mouvement rebelle . Les militaires rebelles considèrent la branche politique AFC de Nangaa davantage comme un poste de dépense que comme un partenaire à part entière. Alors que la branche militaire comprime le budget de l’AFC, l’agacement grandit au sein de la branche politique. L’arrestation de Théo Binamungu, proche conseiller politique de Nangaa, par des fidèles de Makenga démontre que toute tentative des responsables politiques d’affirmer une autorité indépendante ou de réclamer une part plus importante des revenus miniers se heurte à une répression militaire immédiate, a rapporté Africa Intelligence.
L’arrestation de Théo Binamungu fin août, suivie de ses interrogatoires par les renseignements militaires de l’Armée de la révolution congolaise (ARC) puis par la Direction pour la sécurité et les renseignements (DSR), illustre de manière implacable de la guerre des Chefs au sein du Mouvement rebelle . Son transfert à la prison centrale de Munzenze le 8 septembre scelle l’échec de de la tentative d’émancipation. Face à la branche armée dirigée par Sultani Makenga, l’appareil politique ne dispose d’aucun contre-pouvoir réel. Qu’un cadre soit le neveu d’une figure historique régionale (comme Léonard Kanyamuhanga) ou qu’il dispose d’un statut officiel au sein de l’Alliance Fleuve Congo (AFC) n’offre aucune immunité lorsque l’autorité militaire se sent défiée.
En tentant de soumettre secrètement un nouvel organigramme directement à l’appareil sécuritaire rwandais, Binamungu et ses associés ont touché au domaine le plus exclusif du « clan Makenga ». la gestion directe de la relation avec le parrain régional. Comme le souligne l’enquête d’Africa Intelligence, les ambitions politiques grandissent souvent face au manque de moyens et à la mainmise totale des militaires sur les ressources. Cette purge rappelle à l’ensemble des cadres civils, y compris à Corneille Nangaa, que leur rôle se limite strictement à être une vitrine diplomatique et administrative pour un proto-état dont les généraux gardent la clé.
Théo Binamungu, qui est le neveu de l’ancien gouverneur défunt du Nord-Kivu Léonard Kanyamuhanga, est une figure connue de la région pour avoir notamment pris part à l’ancienne rébellion du RCD-Goma.
La découverte d’un organigramme sur les appareils( smartphone et ordinateurs) de Binamungu
Le document prévoyait de nommer Théo Binamungu comme gouverneur civil du Nord-Kivu, une province largement sous contrôle de la rébellion. Cette nomination devait se faire au détriment de Joseph Musanga Bahati, l’actuel gouverneur de la province nommé par la rébellion. Bahati étant un pur produit du premier cercle de Sultani Makenga, son remplacement a été immédiatement perçu par l’aile militaire comme un coup d’État politique.Les services de sécurité de Makenga (DSR et ARC) affirment que cet organigramme ne se limitait pas à Binamungu, mais qu’il listait une équipe complète prête à prendre le contrôle des administrations clés de la région.La découverte de ces documents sur les appareils de Binamungu a déclenché une vague de suspicion au sein du commandement militaire du M23 à Goma. Les hommes de Makenga recherchent activement d’autres « complices » potentiels au sein de l’appareil politique de l’AFC.
Marginalisation de l’AFC
Cette affaire affaiblit considérablement la position de Corneille Nangaa. Bien qu’il soit le visage politique de l’alliance, cet épisode démontre que Sultani Makenga conserve le contrôle absolu sur le terrain et n’hésite pas à emprisonner les plus proches conseillers de son allié politique.
Avec AI