Trafic routier à Bunagana, Museveni intègre de fait les territoires sous contrôle du M23 dans les circuits économiques formels de l’Afrique de l’Est

Le contrôle des richesses et des réseaux de transport dans l’est de la RDC constitue le véritable moteur économique du régime de Kampala, bien au-delà des seuls impératifs de sécurité.Cette prédation économique orchestrée par le clan présidentiel s’articule autour de plusieurs axes stratégiques.

Le cas de Bunagana

Le clan Museveni s’est ouvertement réjoui de la réouverture du poste-frontière de Bunagana (qui relie l’Ouganda au Nord-Kivu). Pourtant, ce point de passage est sous le contrôle direct des rebelles du M23. En s’assurant la maîtrise de l’axe Bunagana-Rutshuru-Goma, l’Ouganda accepte de facto de pactiser commercialement avec la rébellion pour sécuriser ses propres intérêts douaniers et marchands, quitte à légitimer le M23 sur le terrain. Depuis des décennies, l’Ouganda s’est imposé comme un hub majeur d’exportation d’or affiné, alors même que son sous-sol national ne produit qu’une fraction des volumes exportés. Une part massive de cet or provient du trafic illicite en provenance de la RDC, blanchi à Kampala avant d’être expédié vers les marchés internationaux (notamment Dubaï).

Cette collaboration économique à la frontière de Bunagana scelle de manière flagrante la rupture de confiance entre le président congolais Félix Tshisekedi et les autorités de Kampala.Le fait de percevoir des taxes et de réguler les flux de marchandises main dans la main avec le M23 engendre trois conséquences géopolitiques majeures :

  1. Le financement direct de l’effort de guerre du M23

En maintenant le poste-frontière de Bunagana pleinement opérationnel, l’Ouganda garantit une manne financière régulière à la rébellion. Le M23 a mis en place son propre système douanier parallèle, taxant chaque camion de marchandises, de carburant ou de denrées alimentaires qui franchit la frontière. Cet argent finance directement l’achat d’armes, de munitions et la solde des combattants rebelles, prolongeant ainsi l’instabilité dans le Nord-Kivu.

  1. Le sabotage diplomatique de l’Opération Shujaa

Cette situation place la République démocratique du Congo dans une position intenable. D’un côté, les troupes congolaises (FARDC) collaborent officiellement avec l’armée ougandaise (UPDF) un peu plus au nord pour traquer les terroristes des ADF. De l’autre, cette même armée ougandaise, sous la supervision de Muhoozi Kainerugaba, sécurise les lignes de ravitaillement logistique du M23, un groupe que Kinshasa considère comme sa menace sécuritaire prioritaire. Ce paradoxe vide l’alliance militaire formelle de sa substance.

  1. L’intégration de la rébellion dans le commerce régional

En officialisant le trafic routier à Bunagana, Kampala intègre de fait les territoires sous contrôle du M23 dans les circuits économiques formels de l’Afrique de l’Est. Cela crée une entité territoriale autonome au sein même de la RDC, où les autorités de Kinshasa n’ont plus aucun droit de regard ni aucun pouvoir fiscal. Pour le clan Museveni, l’identité du maître du territoire importe peu, tant que les camions continuent de rouler vers Kampala et que les matières premières continuent d’alimenter les industries ougandaises.

Odreck Rwabwogo, gendre du président Yoweri Museveni et l’axe Bunagana-Rutshuru-Goma

La tentative de relance du commerce via l’axe Bunagana-Rutshuru-Goma par l’homme d’affaires ougandais Odreck Rwabwogo, gendre du président Yoweri Museveni — cristallise des enjeux géopolitiques majeurs dans la région des Grands Lacs. si Patience Museveni Rwabwogo est la fille du président ougandais (récemment consacrée évêque), c’est son époux, Odreck Rwabwogo, figure influente du monde des affaires et conseiller présidentiel spécial, qui est activement impliqué dans les initiatives économiques et les stratégies commerciales de l’Ouganda.

Selon Africa Intelligence, Odrek Rwabwogo a publiquement et stratégiquement salué la réouverture du poste-frontière de Bunagana.
Pour lui, la fluidification du trafic routier sur l’axe névralgique Bunagana-Rutshuru-Goma répond à une priorité économique majeure de l’Ouganda avec l’est de la République démocratique du Congo (RDC), une zone cruciale pour l’écoulement des produits ougandais.

rédaction

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