À la suite de la victoire écrasante des démocrates au Sénat et à la Chambre des représentants lors des élections américaines de mi-mandat, les entreprises minières bénéficiant des milliards de dollars de subventions de l’administration Trump s’exposent désormais à d’intenses enquêtes parlementaires et à une forte volatilité boursière. Dès janvier 2027, la prise de contrôle des commissions du Congrès permettra aux élus démocrates d’examiner de près la légalité et l’équité de ces financements fédéraux.
Des montages financiers inhabituels
Pour réduire la dépendance des États-Unis envers la Chine, l’administration Trump a multiplié les accords de financement atypiques — incluant des prises de participation directe au capital, des bons de souscription d’actions et des prêts massifs.
Avant même le scrutin, des élus démocrates (comme la sénatrice Elizabeth Warren) ont ciblé plusieurs bénéficiaires — dont USA Rare Earth, Vulcan Elements et Kaz Resources — en raison de leurs liens présumés avec la famille Trump et le secrétaire au Commerce, Howard Lutnick.
Le Government Accountability Office (GAO) a été sollicité pour évaluer les risques financiers lorsque des agences fédérales agissent simultanément en tant qu’investisseurs et régulateurs des permis miniers.L’interventionnisme direct de l’État dans le capital d’entreprises privées suscite également des réserves jusque dans le camp républicain.
Conséquences immédiates :La Chute des valeurs liées aux minéraux critiques
L’annonce de ce basculement politique a immédiatement pesé sur les titres des entreprises soutenues par Washington, à l’image de USA Rare Earth (-9,5 %), Trilogy Metals (-7,7 %), Lithium Americas (-6,1 %) et MP Materials (-6 %).
Une fois installés en janvier, les démocrates disposeront du pouvoir d’assignation (subpoena) pour exiger des documents, organiser des auditions publiques et conditionner le renouvellement de programmes clés, comme la réserve stratégique Project Vault ou la charte de l’Export-Import Bank.
Bien que le Congrès ne puisse pas annuler unilatéralement les décrets présidentiels face au droit de veto de Donald Trump, un consensus demeure sur la nécessité de sécuriser les chaînes d’approvisionnement en minéraux critiques. Les débats porteront désormais sur la transparence financière et le renforcement des garanties environnementales plutôt que sur l’arrêt complet des projets
L’administration actuelle a fait valoir que les États-Unis devaient se procurer des sources alternatives de matières premières dans un secteur dominé par la Chine. Le contrôle exercé par ce pays asiatique sur l’extraction et la transformation des ressources minières est devenu une source d’inquiétude pour Washington, dans un contexte de tensions commerciales et de rivalité géopolitique.
Mais l’expansion spectaculaire du rôle du gouvernement fédéral dans l’industrie des minéraux critiques a soulevé des inquiétudes quant à la manière dont certains accords ont été négociés et quant à la question de savoir si des entreprises politiquement liées ont bénéficié d’un traitement préférentiel.
Des élus démocrates, dont le représentant Jared Huffman (Californie) et le sénateur Martin Heinrich (Nouveau-Mexique), ont déjà réclamé une plus grande transparence concernant les investissements de l’administration dans les sociétés minières. Ils demandent des précisions sur les critères de sélection des bénéficiaires, le cadre juridique invoqué pour ces investissements et les garanties mises en place pour protéger les contribuables.
« En privilégiant certaines entreprises par le biais de la propriété directe — ce qui revient à désigner les gagnants et les perdants —, le gouvernement risque de nuire à la concurrence sur le marché et au développement de technologies innovantes ou de substitutions de minéraux ou de matériaux », ont écrit Huffman et Heinrich, le principal démocrate de la commission de l’énergie du Sénat, aux côtés du représentant Robert Garcia, le principal démocrate de la commission de surveillance de la Chambre, dans une lettre adressée en février à l’administration Trump.
Le risque est que les démocrates utilisent leur contrôle des commissions parlementaires pour organiser des auditions, exiger des documents et enquêter sur la sélection des bénéficiaires d’investissements par l’administration. Ils pourraient également se servir de la procédure d’adoption des crédits pour contester les financements futurs et exiger une plus grande transparence concernant le portefeuille croissant d’investissements du gouvernement dans le secteur privé.
Toutefois, il est peu probable que ce changement de contrôle du Congrès remette en cause les accords déjà signés ou permette de récupérer les sommes déjà engagées légalement.
« Je ne pense pas que l’intention soit nécessairement de rompre des contrats légaux existants », a déclaré John Miller, analyste chez TD Cowen. Il a également fait remarquer que les républicains avaient déjà eu recours à des tactiques similaires. En 2023, par exemple, les républicains de la Chambre des représentants avaient lancé de vastes enquêtes sur les transactions financières de la famille Biden.
Mais les entreprises dont les transactions sont soumises à des conditions de soutien fédéral ou dont les accords n’ont pas encore été finalisés sont confrontées à une plus grande incertitude, les législateurs examinant les décisions de l’administration.
« À mon avis, ces projets vont être mis en pause le temps d’examiner plus attentivement certains accords précédents », a déclaré Ed Meir, consultant chez Marex.
Par Jacob Lorinc et Grace