Depuis son arrivée à Goma, l’ancien président de la République démocratique du Congo, Joseph Kabila, multiplie les rencontres discrètes, soulevant des interrogations quant à son statut actuel et à ses intentions. Alors que Kinshasa le considère désormais comme un « ex-sénateur à vie » suite à la levée de ses immunités, ses agissements semblent traduire une volonté de maintenir une influence politique majeure, voire de s’affirmer comme une figure incontournable du paysage congolais.
Selon des informations concordantes, Joseph Kabila va entamer une série de consultations, recevant aussi bien des cadres de son parti politique, le Front Commun pour le Congo (FCC) dont les activités sont suspendues par le gouvernement congolais, que des figures de l’opposition non armée. Parmi ces opposants figurent des représentants d’Ensemble pour la République de Moïse Katumbi, d’Ecidé de Martin Fayulu, du LGD de Matata Ponyo, de l’UDA de Claudel Lubaya et d’Envol de Delly Sesanga. Ces réunions, bien que restreintes, visent officiellement à « partager avec les acteurs politiques de la partie Est du pays, sa vision globale de la situation au pays coulée dans les 12 points abordés lors de son adresse à la nation, la semaine dernière. »
Cette initiative de vulgarisation de son discours à la nation intervient dans un contexte où les immunités de Joseph Kabila ont été levées, une décision qui a renforcé le débat sur son rôle et son statut. En dépit de cette mesure, l’ancien chef de l’État semble déterminé à ne pas se retirer de la scène politique. Sa rencontre avec des cadres du mouvement M23/AFC, même si elle se limite à des entretiens privés et des messages de bienvenue, ajoute une couche de complexité à sa démarche et à ses motivations.
La discrétion de Joseph Kabila à Goma, notamment concernant ses déplacements en ville, contraste avec la portée de ses consultations. Il semble veiller scrupuleusement à son image tout en cherchant à diffuser sa « vision » auprès de diverses couches de la population, y compris en comité restreint dans sa résidence.
La question centrale demeure : sous quelle étiquette Joseph Kabila agit-il aujourd’hui ? Se considère-t-il toujours comme un acteur politique central avec une légitimité à peser sur les affaires du pays, ou cherche-t-il à redéfinir son rôle après la présidence ? Ses consultations, loin d’être anodines, suggèrent une volonté de maintenir un pied dans le jeu politique congolais, même en l’absence de son statut de président de la République. La levée de ses immunités a peut-être transformé son statut juridique, mais elle n’a visiblement pas altéré son ambition de rester une figure influente en RDC.
Coco Kabwika