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Si Moscou a décidé d’approuver un accord de coopération militaire avec le gouvernement congolais datant de l’ère Laurent Désiré Kabila mais  selon Africa Intelligence, “pour accompagner la montée en puissance de l’armée congolaise engagée dans l’est du pays face aux groupes rebelles, la RDC  négocie l’achat de matériel militaire aussi bien avec la Russie qu’avec l’Ukraine”. Dans un contexte tendu, où par ailleurs Kiev lorgne avec insistance l’arsenal soviétique des FARDC, Kinshasa se livre à un très délicat exercice d’équilibriste entre les deux belligérants sous l’œil des puissances occidentales qui scrutent ces tractations.

C’est dans ce cadre même que Félix Tshisekedi a annulé son voyage à Kiev et puis Moscou en même temps pour éviter une lutte d’influence Est-Ouest mais surtout pour éviter que la guerre russo-ukrainienne s’étende en RDC.

Éviter des opérations militaires clandestines des forces spéciales ukrainiennes en RDC comme au Soudan

En effet, l’Ukraine combat  la Russie au Soudan et dans la région de l’Afrique de l’Est.

Les  forces spéciales ukrainiennes utilisent des drones et des technologies de vision nocturne pour combattre les rebelles soudanais soutenus par le groupe de mercenaires russes Wagner. Ian Lovett du WSJ  a expliqué comment la ligne de front dans la guerre entre l’Ukraine et la Russie s’est étendue en Afrique.

Lorsque le lieutenant-général Abdel Fattah al-Burhan, le dirigeant militaire du Soudan, s’est retrouvé assiégé par les forces rebelles dans la capitale du pays l’été dernier, il a appelé à l’aide un allié improbable : le président ukrainien Volodymyr Zelensky .

Zelensky avait des raisons de prendre cette demande au sérieux : Burhan fournissait discrètement des armes à Kiev peu après l’invasion de l’Ukraine par la Russie en 2022, selon des responsables militaires ukrainiens et soudanais. En outre, les rebelles soudanais étaient soutenus par le groupe paramilitaire russe Wagner, qui a également extrait de l’or dans le pays et l’a utilisé pour financer la guerre de Moscou en Ukraine.

Les Forces spéciales ukrainiennes lors des combats avec les mercenaires du PMC Wagner au Soudan. Crédits photo : Kyiv Post

 

 

Félix Tshisekedi, dans sa diplomatie d’équilibre a toujours évité des scénarios d’ opérations clandestines d ‘affrontements entre ukrainiens et russes en RDC.

 

Les FARDC ont déployé le un système de lance-roquettes multiples MLRS Bastion-1 obtenu d’Ukraine contre le M23

En septembre 2023, des images  ont été publiées en ligne montrant un système de lance-roquettes multiples (MLRS) de 122 mm Bastion-1 (ou Bastion-01) 6×6 122 mm de fabrication ukrainienne des forces armées de la République démocratique du Congo (RDC) lançant des roquettes sur des positions de rebelles du M23 dans les régions de l’Est du pays, plus précisément dans la province du Nord-Kivu. À l’heure actuelle, le Bastion-01 est en service en RDC, en Géorgie, au  Sénégal  bien que la quantité exacte et la date de livraison ne soient pas précises .Les origines du Bastion-1 remontent au début des années 2000, lorsque les travaux ont commencé à Kharkiv, en Ukraine, pour développer une version modernisée du BM-21 système de fusée à lancement multiple. Des châssis de fabrication ukrainienne ont été incorporés à ce projet, aboutissant à la proposition des variantes BM-21U « Grad-M » et BM-21K pour les forces armées ukrainiennes.Le Bastion-1 est monté sur le camion tout-terrain à traction intégrale KrAZ-6322, doté d’une disposition de roues 6×6. Cette plateforme permet au véhicule de fonctionner efficacement dans des conditions naturelles, climatiques et routières extrêmes, notamment des températures allant de -50 à +60 °C et des altitudes allant jusqu’à 5 000 mètres au-dessus du niveau de la mer. Il peut traverser des obstacles d’eau jusqu’à 1,5 mètre de profondeur et une couverture de neige jusqu’à 0,6 mètre. De plus, un système de gonflage centralisé des pneus garantit une grande maniabilité sur des sols à faible capacité portante. Le véhicule peut être personnalisé avec une conduite à gauche ou à droite, ainsi qu’une protection blindée en option pour les composants et assemblages critiques.

Du côté de Putin:Une  livraison gracieuse russe de 30 tonnes d’armes et de munitions destinées aux FARDC et notifiée à l’ONU

Regrettant la prudence des Occidentaux, qui préfèrent livrer de l’équipement non létal, l’administration Tshisekedi perçoit la Russie comme un partenaire incontournable pour moderniser son armée. D’autant que le régime de Vladimir Poutine ne rechigne pas à quelques faveurs auprès de Kinshasa. Moscou a ainsi plaidé pour alléger les obligations imposées par les Nations unies sur les armes en RDC. Outre l’interdiction de la vente de matériel militaire aux groupes armés, celles-ci imposent aux exportateurs de notifier leurs livraisons auprès des Nations unies. Cette dernière disposition est contestée de longue date par la RDC, qui la perçoit comme un frein à son libre approvisionnement. A cette prise de position de Moscou s’ajoute la livraison gracieuse, en début d’année, de 30 tonnes d’armes et de munitions destinées aux FARDC, au titre de la coopération militaire entre la Russie et la RDC (la livraison a été notifiée à l’ONU).

Selon un document consulté par Africa Intelligence  signé par Guylain Nyembo, alors  directeur de cabinet du chef de l’Etat congolais , celui-ci prévoyait l’achat de sept hélicoptères pour un montant total d’environ 30 millions de dollars à la Russie . Outre l’acquisition de 27 drones de surveillance, l’exécutif congolais aurait également budgétisé près de 230 millions de dollars sur quatre ans pour acquérir des véhicules blindés de combat et de l’artillerie.Une équipe de l’agence d’exportation d’armement russe, Rosoboronexport, était même attendue  à Kinshasa a cette occasion.  Elle a été conviée par L’ex  ministre congolais de la défense, Gilbert Kabanda Kurhenga, dans la continuité de sa visite à Moscou en août 2022.

Les assurances d’un équilibre ne suffisent plus à rassurer les Occidentaux qui observent depuis  avec méfiance l’activisme de Viktor Tokmakov

Au moment où la Russie a décidé d’approuver l’accord de coopération militaire avec la RDC de 1999,les assurances d’un équilibre ne suffisent plus à rassurer les Occidentaux, qui observent depuis  avec méfiance l’activisme de Viktor Tokmakov. Numéro deux de l’ambassade de la fédération de Russie à Kinshasa, celui-ci était précédemment en poste en Centrafrique, où il était présenté comme l’un des artisans de l’arrivée du groupe paramilitaire Wagner. A Kinshasa, certains diplomates s’inquiètent tout particulièrement de ses nombreuses rencontres avec des hauts gradés de l’armée congolaise.

La compagnie militaire russe Wagner a été rebaptisée Africa Corps par Moscou et placée sous le contrôle du ministère russe de la Défense.La décision de la Russie de créer le Corps Afrique peut être analysée sous deux angles qui pourraient se chevaucher. Premièrement, en contrôlant l’Africa Corps, Moscou pourrait tenter d’éviter les erreurs du passé. L’autonomie et le pouvoir de Wagner ont conduit à une bataille pour la suprématie entre Prigojine et de hauts responsables de la défense russe, qui a dégénéré en une insurrection infructueuse qui a vu les soldats de Wagner marcher sur Moscou en juin 2023.

Deuxièmement, l’alignement des opérations de l’Africa Corps sur la politique étrangère, les intérêts de sécurité et les engagements internationaux de la Russie pourrait faire partie de la stratégie militaire à long terme du pays en Afrique. Le Kremlin a manifesté son intérêt à combler le vide laissé par la France et ses alliés occidentaux au Sahel à la suite des récents coups d’État militaires. L’antipathie envers la France et l’Occident a apparemment été l’un des moteurs des coups d’État militaires et de la russophilie généralisée en Afrique.

 

Coco Kabwika avec AI & WSJ

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