La Gécamines Trade (G-Trade): comment la société d’état de la RDC peut passer du statut d’entreprise minière à celui de négociant mondial ayant une place à la table des négociations à Londres et à Shanghai où se fixent les prix des métaux

La Gécamines, entreprise minière d’État de la République démocratique du Congo, a finalisé un accord historique avec le géant suisse Glencore pour commercialiser une part importante de la production de Kamoto Copper Co (KCC). Cet accord, conclu lors du salon Mining Indaba au Cap (du 9 au 12 février 2026), marque un tournant majeur pour la Gécamines, qui passe d’un rôle d’actionnaire passif à celui d’acteur actif sur le marché mondial des minéraux.

KCC s’est engagée à réserver 110 000 tonnes de cuivre à la Gécamines pour les trois prochaines années(2025-2028).

Après la période initiale de trois ans donc après 2028, la Gécamines recevra une part de la production proportionnelle à sa participation de 25 % dans KCC.

L’accord avec KCC s’inscrit dans une stratégie plus vaste du gouvernement congolais visant à recouvrer sa souveraineté sur ses ressources minérales par le biais de Gécamines Trading, sa filiale détenue à 100 %.

C’est précisément là le cœur stratégique de cet accord. La Gécamines acquiert une solide expérience pratique tout en minimisant les risques liés à son entrée sur le marché mondial.

La mise en place d’une filiale de négoce interne comme G-Trade représente un défi de taille qui exige bien plus que le simple métal. Voici comment cette transition devrait se dérouler :Pour passer du statut d’entreprise minière à celui de négociant mondial, la Gécamines doit mettre à profit ces trois années pour maîtriser trois domaines clés .

Logistique et infrastructures :

Le transport de 110 000 tonnes de cuivre par an requiert une chaîne d’approvisionnement performante. La Gécamines devra sécuriser des corridors d’exportation fiables, probablement via le corridor de Lobito (ligne ferroviaire vers l’Angola) ou des itinéraires passant par la Tanzanie et l’Afrique du Sud, afin d’assurer un acheminement efficace du cuivre vers les ports internationaux.

  1. Former des négociateurs spécialisés

Les cours mondiaux du cuivre fluctuent quotidiennement. G-Trade devra recruter ou former des négociateurs spécialisés capables d’utiliser des stratégies de couverture et des produits dérivés pour protéger la valeur de son stock de 110 000 tonnes contre la volatilité du marché.

3.Création de partenariats directs

Actuellement, la majeure partie du cuivre de KCC est destinée aux clients existants de Glencore. Ce « seuil » permet à G-Trade de se passer d’intermédiaires et de signer des contrats d’achat direct avec les utilisateurs finaux, tels que :
Les constructeurs de véhicules électriques (par exemple, Tesla, BYD), les développeurs de réseaux d’énergies renouvelables et les grandes entreprises d’électronique.

110 000 tonnes de cuivre par an :Une garantie d’ un financement de pré-exportation

Cela signifie qu’ils peuvent emprunter des capitaux à des taux plus avantageux pour les réinvestir dans leurs propres mines (comme les projets Mutoshi ou Deziwa) en s’appuyant sur les revenus garantis issus de l’accord avec Glencore.
Historiquement, les entreprises publiques africaines étaient « preneuses de prix » : elles acceptaient le prix auquel leur partenaire multinational leur indiquait le prix de vente des métaux. Avec G-Trade, la RDC entend devenir « faiseur de prix », et ainsi obtenir une place à la table des négociations à Londres et à Shanghai, où se fixent les prix des métaux.

Aimé Binda

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