Les souvenirs de Sake:Témoignage d’un soldat sud-africain sur son expérience avec la SAMIDRC notamment avec le manque des bottes, uniformes et gilets pare-balles, des casques d’acier

Les souvenirs de Sake me reviennent encore en mémoire plus de six mois après mon retour de la zone de guerre et je crains que le trouble de stress post-traumatique (TSPT) ne devienne chronique et ne dure des années, voire toute une vie, s’il n’est pas traité.
Formation avant déploiement
Fin 2023, lors de l’exercice annuel d’entraînement de Vukuhlome au Centre d’entraînement au combat (CTC) de l’armée sud-africaine, dans la province du Cap-Nord, les soldats des Forces de défense nationale sud-africaines (SANDF) ont suivi un entraînement de routine. Ils ont ensuite été informés qu’ils resteraient sur place pour participer à l’opération Thiba, la contribution de l’Afrique du Sud à la mission de la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC) en République démocratique du Congo (RDC). Ils ont été déployés depuis le 2e bataillon d’infanterie sud-africain (2 SAI). Le commandant du contingent a insisté sur le fait qu’il s’agissait d’une mission d’imposition de la paix, et non de maintien de la paix, et qu’il nous préparait au combat.
Une équipe de reconnaissance des officiers supérieurs de l’armée sud-africaine s’est rendue en RDC en décembre et est revenue avec les détails de la mission. Le moral était bon ; nous avions confiance dans la détermination sud-africaine. L’entraînement couvrait les attaques, les contre-attaques, les embuscades et les patrouilles, malgré des ressources limitées : ma section manquait d’uniformes, de bottes, de fusils de précision, de mortiers de patrouille de 60 mm, de passeports, de tentes et d’équipement spécifique aux missions de reconnaissance. Ces équipements devraient être fournis par la SANDF aux unités spécialisées. Nous avons signalé ces problèmes au quartier général, et du matériel a été expédié à Upington par voie aérienne.
Arrivée en RDC
Les premiers groupes sont arrivés le 2 février 2024 sans équipement essentiel comme des gilets pare-balles, des casques d’acier ou des armes – des problèmes qui ont persisté pour les deuxième et troisième groupes déployés. Le 14 février, un missile a frappé la base de Saké après le déjeuner, tuant le commandant de reconnaissance et le chauffeur. En tant que soldats, nous étions en colère et assoiffés de vengeance – nous pensions que la bataille serait une promenade de santé.
Le 22 mars 2024, après notre arrivée à Goma, la section de reconnaissance nous a escortés jusqu’à Sake. À l’approche du camp de déplacés de Mugunga, aux abords de Goma, des obus de mortier ont explosé devant nous. « Bienvenue en Ukraine », ont lancé les soldats. Un projectile a contraint les soldats à se réfugier dans un véhicule blindé de transport de troupes Mamba – celui-ci avait atterri à proximité, visant des mercenaires présumés d’Agemira. Le trajet tendu s’est achevé dans une base chaotique, où chacun cherchait à se mettre à l’abri. La base ressemblait à un campement de fortune, sans aucun aménagement, malgré la présence de planificateurs chargés de son organisation.
Pénuries d’équipement
Lors des préparatifs du déploiement de la Mission de la Communauté de développement de l’Afrique australe en RDC (SAMIDRC) à partir de fin 2023, les soldats ont été contraints d’acheter eux-mêmes leurs bottes (800 à 1 900 rands), leurs tentes pour hélicoptère (2 500 à 6 000 rands), de faire retoucher des uniformes mal ajustés (50 à 75 rands) et d’obtenir des passeports (600 rands), sans aucun remboursement promis ; personne ne s’en souciait. Les magasins de la SANDF manquaient de produits de base comme des bottes et des uniformes, et si les soldats ne se débrouillaient pas, ils allaient devoir dormir à la belle étoile pendant quelques jours à leur arrivée en RDC.
Les véhicules blindés étaient insuffisants et, pour la plupart, hors service, accusant un retard considérable par rapport aux flottes malawites et tanzaniennes, mieux équipées (le Malawi et la Tanzanie étaient les deux autres pays contributeurs de troupes au SAMIDRC, mais l’Afrique du Sud fournissait la majorité des effectifs). L’armement de la SANDF était dépourvu de systèmes modernes de vision nocturne et d’éclairage pour les patrouilles. Le système de défense aérienne Skyshield ne faisait pas partie du déploiement initial, mais fut envoyé ultérieurement à Goma ; le système envoyé à Sake était incomplet, des composants essentiels étant restés à Goma. Un déploiement correct à Sake aurait permis de sauver des vies et devrait constituer un élément standard des contingents. Autre point faible : les radios Kenwood étaient facilement brouillées au combat, comme lors de l’embuscade du 30 mai à Kimoka, où le brouillage des radios a interrompu toute communication.
Les sections de reconnaissance, essentielles à la détection des menaces, étaient sous-équipées : pas de pistolets (le commandant de bataillon refusait de les distribuer), pas de tireurs d’élite (qui auraient pu empêcher un tireur d’élite ennemi d’abattre l’un de nos soldats à l’entrée de la base), et des patrouilles restreintes. L’avancée du M23 le 23 janvier 2025 aurait pu être détectée plus tôt si les sections de reconnaissance avaient été utilisées et équipées efficacement. Les unités spécialisées ont besoin d’un équipement adéquat et d’une liberté d’action, et les nouveaux commandants doivent savoir comment les utiliser. Un problème plus grave résidait dans l’absence de soutien aérien en cas d’urgence, par exemple si des soldats étaient grièvement blessés et devaient être transportés rapidement à l’hôpital.
La catastrophe de saké
Le choix malheureux du site a condamné la base de Saké, la transformant en terrain de chasse pour l’ennemi et en une catastrophe que nous n’oublierons jamais. D’autres bases ont été exposées à l’ennemi, qui s’est infiltré dans la région par des habitations civiles, aidé par des civils sur les marchés ou travaillant à l’intérieur de nos bases.
Les responsables de l’installation de la base ont lamentablement échoué : il y avait trop peu de toilettes pour le nombre de soldats, les tentes étaient placées juste à côté du mur d’enceinte (à portée des grenades ennemies), la salle des opérations était trop proche de la porte principale, les tentes laissaient passer l’eau pendant la pluie, les installations de restauration étaient médiocres et les installations de stockage de munitions et d’infirmerie étaient mal positionnées.
La mission fut un échec total, du début à la fin. Il est temps que nos dirigeants planifient avec plus de prudence et élaborent des stratégies conformes aux normes militaires, laissant la politique aux politiciens.
Allocations et repas
Les indemnités versées par la RDC sont obsolètes (elles datent de 25 ans) et destinées aux opérations de maintien de la paix, alors que le SAMIDRC avait un mandat offensif. Les soldats recevaient une indemnité de privation de 761 rands, une prime de risque de 19 rands et une prime de risque spéciale de 29 rands par jour – personne de sensé ne verserait de telles sommes à des soldats en espérant qu’ils s’en contentent, surtout s’ils ne sont pas correctement équipés (uniformes, bottes, véhicules, armes, etc.).
Les conditions se sont aggravées après les quatre jours d’affrontements avec le M23, qui ont débuté le 23 janvier et ont coûté la vie à 14 soldats de la SANDF. Pris en otages par les rebelles du M23, nous ne mangions qu’un seul repas par jour. Les fonds alimentaires de la SADC étaient parvenus à la SANDF, mais aucun n’est arrivé dans le chaos qui a suivi la prise de Sake et de Goma par le M23. Il était également inadmissible que la SANDF n’ait pas remboursé les soldats qui avaient acheté leur propre nourriture pendant trois mois avant que le M23 ne nous autorise à partir. Les maigres indemnités que recevaient les soldats étaient entièrement consacrées à l’alimentation et au soutien.
Trahisons des FARDC
Les FARDC (Forces Armées de la République Démocratique du Congo), la plus importante branche militaire de la RDC, étaient censées appuyer les forces de la SADC, mais elles nous ont trahis. Certains ont collaboré avec le M23, trahissant ainsi les plans de la SADC – un affront à leur uniforme et à leur pays. Nous avons constaté de nombreux cas de soldats des FARDC s’entretuant pour des questions d’uniformes, tandis que d’autres vendaient leur équipement pour survivre. Les soldats des FARDC abandonnaient souvent leurs bases sous le feu ennemi et agissaient de manière antipatriotique – le gouvernement de la RDC doit recruter des soldats de meilleure qualité. Bien que la peine pour désertion soit sévère, elle ne les dissuade pas de tels agissements. Si nous avons tendance à blâmer les FARDC, le gouvernement de la RDC doit être tenu responsable de son manque de soutien envers ses soldats et des millions dépensés en mercenaires.
Du 23 au 27 janvier 2025, le M23 descendit des montagnes vers Mubambiro, avec pour objectif d’encercler et de désarmer les forces de la SADC. Les FARDC prirent la fuite, abandonnant armes, uniformes et munitions. La SANDF parvint à les repousser sous un feu nourri. Le matin du 27 janvier, le M23 envoya une femme en robe blanche remettre une lettre à la base sud-africaine de Sake. Rédigée en français, la lettre demandait un cessez-le-feu, affirmant que le M23 n’avait aucun problème avec l’Afrique du Sud. Un drapeau blanc fut hissé pour que le M23 voie que nos troupes respectaient le cessez-le-feu. Cependant, à Goma, des rebelles du M23 pénétrèrent dans la base et, après avoir subi de lourdes pertes face à la SANDF, tentèrent de faire croire à une reddition de cette dernière, propageant ainsi une version mensongère des faits.
Négligence après le retour
Lors de notre déploiement en RDC, nous, soldats, avons été témoins d’innombrables horreurs : des camarades déchiquetés par des éclats d’obus, des soldats amputés des jambes à transporter et des corps démembrés à ramasser. De retour en Afrique du Sud, la SANDF n’a proposé qu’une séance de soutien psychologique de 30 minutes et s’attendait à ce que ses membres se débrouillent avec cela ; le bien-être des soldats leur importe peu. À ce jour, aucune cérémonie de remise de médailles n’a été organisée pour les membres du SAMIDRC. La SANDF a failli à sa mission envers les soldats déployés en RDC, et il est impératif d’y remédier.
Avec Guy Martin

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