Entretien spécial avec Lohanga Konga Jospin : Le retour en RDC, la diplomatie africaine et la symbolique spirituelle du 2 avril.

Jospin Lohanga Konga

I. Sur la Dimension Ecclésiastique (L’Église)

I* Monsieur l’Ambassadeur, nous commémorons aujourd’hui le 2 avril. Pour l’institution de l’Église Kimbanguiste, en quoi le souvenir du retour de la dépouille de Papa Simon Kimbangu en 1960 constitue-t-il le socle de l’identité actuelle de la « Nouvelle Jérusalem » ?

Bonjour Monsieur le journaliste,

Il est minuit, nous sommes donc déjà le 2 avril. Nous arrivons sur la terre de nos ancêtres, à l’aéroport international de N’djili, en provenance d’Addis-Abeba.

L’accueil que vous m’avez réservé à mon arrivée m’honore. C’est une marque de reconnaissance de la part de nos médias. Je salue, par la même occasion, le quatrième pouvoir.

Effectivement, nous célébrons le retour du corps, à Nkamba, du Saint, Tumua, Tata Simon Kimbangu, né le 12 septembre 1887 et décédé le 12 octobre 1951. Après sa disparition physique, il a fallu un certain temps pour que papa Diangienda Kuntima, premier chef spirituel, accompagné d’une forte délégation, se rende à Elisabethville pour procéder au rapatriement du corps. Cet événement était à la fois prophétique, symbolique et libérateur, avant d’entamé l’échelon politique et scientifique.

Papa Simon Kimbangu, avant sa déportation, alors que son train était défectueux, il demanda qu’on appel son épouse et ses enfants : papa Kisolokele Lukelo, papa Dialungana Kiangani et papa Diangienda Kuntima. Le train ne démarrait pas. Un machiniste africain tenta de le mettre en marche sans succès. Un machiniste blanc fut ensuite appelé, mais échoua également.

C’est à ce moment précis, qu’il fit OKV, c’est à endroit qu’il bloqua le Congo. Après avoir délivré son message, le train démarra finalement pour Lumumbashi.

Il est parti vivant, il devait revenir vivant. Pourquoi je dis vivant ? Parce que philosophiquement et spirituellement, il est revenu vivant. Bien que son corps inanimé, il l’a regénéré en un autre corps, le 12 octobre 1951, en la personne de l’actuel chef spirituel, papa Simon Kimbangu Kiangani. Son corps nous a conféré l’indépendance politique. Malgré que nous ayons manqué l’indépendance spirituelle par manque d’attention aux repères. « ko loba ya kala, ko loba ya sika ». Le trajet qu’il effectua de Nkamba , à la Tshopo jusqu’à Lubumbashi, ainsi que le parcours de retour de son corps c’est qui représente « Chemin de passion ».

Depuis Nkamba, à travers tous les lieux où il s’était arrêté notamment à la prison à la Tshopo puis l’embarquement de son corps, jusqu’au beach de Kinshasa, ensuite son exposition à Matadi May : tout cela est une victoire et un symbole puissant. Tous les politiciens choisis par les Tatas Mvualas se sont inclinés et ont touché le cercueil pour pendre le pouvoir.

La tentative des Belges, en complicité avec des traitres, pour s’emparer du corps et l’emmener en Belgique ont échoué. Ce corps représente l’unité. Voilà pourquoi l’Église kimbanguiste a engendré la libération, la cohésion et l’unité, afin que le Congo prenne un nouvel élan. C’est le symbole d’une Église civilisationnelle, à l’identité autochtone authentique, qui nous enseigne la richesse culturelle, économique et identitaire.

* L’histoire précise que le 2 avril marque aussi le début du mouvement de la Surveillance Kimbanguiste. Selon vous, quel rôle cette structure joue-t-elle encore aujourd’hui dans la préservation du dogme et de l’ordre au sein de l’Église ?

Historiquement, le Mouvement de la Surveillance kimbanguiste (MSSK) a été créé à la suite d’une vision confiée à quatre personnes choisies pour cette mission. Ces quatre personnes avaient été désignés pour surveiller le corps de papa Simon Kimbangu dans le train.

Rien n’est laissé au hasard dans l’église de la civilisation kimbanguiste. Lorsque Dieu choisit une personne, Il en connaît la raison. Arrivés à Kinshasa, les quatre gardes ont mis fin au désordre qui régnait. Spirituellement, les Papas étaient avec eux et la réussite de leur mission donnait naissance au Mouvement de la Surveillance Kimbanguiste. Aujourd’hui, ce mouvement joue un rôle essentiel :  assurer la surveillance des fidèles, des invités ainsi que les biens de l’église. Ils effectuent des patrouilles à Nkamba la Nouvelle Jérusalem. Spirituellement, ils incarnent la résistance, la discipline et l’ordre.

Nous revenons d’un voyage avec maman, elle-même surveillante kimbanguiste ainsi que mes fils. Lorsqu’elle prononce des discours lors de conférences internationales, vêtue du béret symbolisant les cinq coins cardinaux et de l’étoile du kimbanguisme incarnation de la présence de Sa Divinité et de l’église. Ces insignes sont une fierté et un héritage précieux légué par les Tata Mvuala.

Sur la Dimension Personnelle (Le Fidèle)

 Votre retour de mission auprès de l’Union Africaine coïncide jour pour jour avec cet événement historique. À titre personnel, quel sentiment vous anime en posant le pied sur le sol congolais en ce jour où Papa Simon Kimbangu effectuait lui aussi son retour vers son pays natal ?

Bien sûr, comme je l’ai évoqué, rien n’est le fruit du hasard. Cette coïncidence est l’œuvre des des Tata Mvuala.  J’étais à Adis Abeba et je prévoyais de rentrer le 3 avril, cependant, le chef m’a recommandé de regagner d’urgence la capitale, d’où cette situation. Cela est hautement symbolique. Désormais, à chaque conférence internationale, seront conviés Sa Divinité ainsi que le Professeur Docteur Papa Bituvuidi Zacko, dont les travaux ont éclairé le rôle international de Papa Simon Kimbangu. L’Afrique occupe une position favorable dans ces pourparlers.

Moi, je suis un simple envoyé. Ma participation est d’expliquer en profondeur les clauses du « Chemin de la Passion », sa philosophie et le dynamisme économique qu’il implique.

Fouler la terre des ancêtres à cette date, au retour de cette mission, signifie le retour à l’ordre mondial tracé par papa Simon Kimbangu à travers le « Chemin de la Passion » qui se concrétisera par les voies maritimes, terrestres, ferroviaires et aériennes.

Tout cela pour amener le Congo vers l’émergence, la lumière et à la sérénité, afin de bâtir un  pays plus beau qu’avant et d’assurer sa grandeur, en mémoire des 37 000 familles déportées et des 150 000 martyrs.

* La tradition mentionne l’étape de Matadi Mayo pour un culte de commémoration avant l’arrivée finale au Kilongo (mausolée) le 3 avril. Comment vivez-vous intérieurement ce temps fort de spiritualité et de souvenir ?

Rappelons qu’avant même le retour du corps à Nkamba, certains avaient vu, un train roulant sans rails, transportant les relégués. Ce symbole annonçait déjà une victoire.

Lors de mon voyage à la Tshopo, j’ai visité l’île de Mambolewo où était retenu des relégués, j’ai aussi visité le cimetière de mama Thérèse MBONGA, disciple de papa Simon Kimbangu. Elle est originaire du Congo Central mais elle est enterrée dans une province lointaine. Au regard du périple dangereux qu’ils avaient traversé et que j’ai moi-même emprunté, j’affirme avec force que le kimbanguisme est l’identité nationale, internationale et universelle.

C’est une grâce extrêmement précieuse m’avoir choisi, je ne peux que remercier Sa divinité et les papas conseillers directs.

III. Sur la Dimension Nationale (La RDC)

 * Vous portez la voix de la RDC à l’échelle internationale. Que représente, selon votre analyse, la figure de Papa Simon Kimbangu pour la souveraineté et la dignité de la République Démocratique du Congo aujourd’hui ?

J’ai eu l’honneur de représenter la RDC et l’Afrique subsaharienne à plusieurs reprises, au nom du chef spirituel, sa Divinité, Papa Simon Kimbangu Kiangani.

Le Congo est la source, la gâchette de l’Afrique. sa souveraineté et sa dignité se manifestent au travers de papa Simon Kimbangu. Comme le dit le dicton : « Mutu a vandi pembeni ya mayi, a bangaka somo ya ebalé té. Mayi emelaka yé»  

Evidemment, il y a une petite ignorance, ce qui est tout à fait normal. Toutes les autorités que j’ai rencontrées chefs d’État, dirigeants et représentants internationaux ont témoigné respect et considération à Papa Simon Kimbangu et cela joue un rôle dans la paix que nous retrouvons aujourd’hui. Parce que papa Simon Kimbangu est l’acteur principal des relations internationales pour la paix au monde, pour restaurer la dignité et notre personnalité historique.

Question : * Vous portez la voix de la RDC à l’échelle internationale. Que représente, selon votre analyse, la figure de Papa Simon Kimbangu pour la souveraineté et la dignité de la République Démocratique du Congo aujourd’hui ?

Imaginons qu’une personne soit emprisonnée au Congo Central et qu’elle subisse toutes sortes de supplices immondes, innommables. Pensons à la résistance endurée par plus de 150 000 familles. Dès lors, quel héritage devons-nous préserver ? L’unité.

Cette unité doit s’exprimer derrière le Chef de l’État, garant de la Nation et des institutions de la République, malgré les failles qui peuvent exister. Comme le dit l’adage, le linge sale se lave en famille. Pourquoi ? Parce qu’il y a toujours du bon, même si le mauvais n’est jamais totalement absent.

Pour ma part, j’encourage les institutions de la République ainsi que les efforts consentis par les autorités. J’en appelle également à nous tous hommes d’État, diplomates et population à ne faire qu’un. Il ne s’agit pas seulement de commémorer ou de célébrer à travers un culte d’action de grâce, mais aussi de faire de ce moment un temps de réflexion sur les échecs de nos pères, notamment lors de la Table Ronde. À nous d’en tirer des leçons. Le Congo possède un potentiel immense à tous les niveaux : économique, géostratégique, historique, scientifique. Bien que je ne puisse pas révéler certaines informations sensibles, souvenons-nous que nous sommes la gâchette de l’Afrique. Et si le Congolais en prend pleinement conscience, il fera triompher l’Afrique, influencera le monde, et la paix viendra de chez nous.

C’est donc un message fort, un appel à l’unité : mettons fins aux critiques inutiles et privilégions des critiques constructives.

* Le retour de la dépouille du Prophète en 1960 fut un moment de rassemblement populaire immense. Quel message d’unité nationale peut-on puiser dans cet événement pour relever les défis actuels du pays ?

Dans le contexte actuel, l’arrivée du corps de Papa Simon Kimbangu au Beach Ngobila, en provenance d’Élisabethville, l’actuelle Lubumbashi, revêt une portée hautement symbolique. Ce voyage incarne une réconciliation géographique et nationale. Il signifie que le Congo est un et indivisible, aucun centimètre de son territoire ne sera cédé et ce peu importe, les attaques ou les menaces. Je l’ai répété à plusieurs reprises.

Il est important d’expliquer que le Congo n’est pas un pays colonisé, c’est un pays occupé, parce que c’est une zone très convoitée par les puissances mondiales, bien avant la Conférence de Berlin.

Papa Simon Kimbangu, par sa dimension spirituelle, emmena au Congo Central le roi des Belges, Léopold III, alors emprisonné en Allemagne pour y conclure des accords. C’est dans cette continuité que Papa Kisolokele s’est rendu en Belgique en qualité d’évolué, pour rappeler au souverain les engagements pris avec son père. Cette mission lui avait été rappelée par sa mère, Mama Muilu.

À son retour, papa Kisolokele rassembla des politiciens pour retourner en Belgique afin de participer aux pourparlers de la Table Ronde. Il en fut le pionnier.

Tous ces symboles témoignent que le Congo restera un et indivisible. Le Congo dont nous parlons, n’est pas celui dont les frontières ont été tracées à Berlin. Nous parlons du Congo authentiquement original tel qu’il fut avec ses clans, ses royaumes, comme on dit chez nous na kinkulu, luvila.

J’affirme son identité, je suis Ankutshu Mbembelé, de la dynastie Nzovo Nkuvu à Mbayoka, au Sankuru. Nous ne pouvons pas continuer à vivre selon une vision occidentale, qui a brisé beaucoup de nos repères. Nous devons désormais nous réapproprier notre culture et vivre selon nos propres valeurs. Comme le prédisait mon grand-père, Emery Patrice Lumumba, nous écrirons nous même notre propre histoire.

Mais qui lui avait inspiré ses paroles ? C’est papa Simon Kimbangu. Ils étaient ensemble en prison à la Tshopo, il lui avait donné la mangue, le lait maternel, Il lui avait consacré le jour du combat, c’est un symbole. Qu’est ce qui est apparu à Nkamba ? Une carte d’Afrique sur laquelle s’affrontaient des fourmis noires et des fourmis rouges et ce sont les premières qui gagnèrent. Lumumba, les fournis noires. Papa Diangienda expliquait qu’elle représentait la fin de de la divisions. Aucune pierre ne restera sur une autre. Non pas par la force, ni par la puissance  nucléaire mais par la spiritualité et la force intérieure, celle que produira notre unité.

Dans cette perspective, le kimbanguisme est appelé à transformer l’ordre mondial, en imposant au mal un ordre fondé sur le bien.

Il s’agit donc d’une véritable refondation de la nation congolaise : selon notre Constitution, mais aussi selon notre vision, notre éthique et nos valeurs. Tout doit être repensé, non pas dans une logique purement politique, mais dans une vision d’État, portée par le patriotisme et orientée vers la continuité de la nation.

Quant aux traîtres à la nation, complices des malheurs passés, leur histoire s’inscrira négativement dans la mémoire collective, laissant une empreinte honteuse sur leur descendance. Voici le temps où nous réécrivons notre histoire à travers la diplomatie. Les retombées de cette dynamique se manifesteront progressivement.

* Pour conclure, quel vœu souhaiteriez-vous adresser à la communauté kimbanguiste et au peuple congolais en cette journée empreinte de paix et de spiritualité ?

Pour ma part, je souhaite que tous les sympathisants, fidèles et croyants kimbanguistes, à travers le monde, rassemblés à Nkamba la Nouvelle Jérusalem, nous prenons conscience à l’approche du 6 avril, jour de la conscience africaine, que nous sommes la gâchette. Le monde nous regarde. Ne soyons plus distraits. Focalisons-nous entièrement sur Sa Divinité, Mfumu ya Longo, le chef spirituel. Il a la vision spirituelle, c’est lui qui inspire les orientations scientifiques, diplomatiques et toutes les autres dimensions de notre évolution.

À ceux qui œuvrent à ses côtés, gardons notre attention fixée sur lui. Si nous nous laissons distraire, nous échouerons, car nous traversons une période de fortes turbulences.

Demain, nous serons interpellés pour ne pas avoir transmis la version authentique et vérifiable de l’histoire du Congo. Pourtant, nous disposons des preuves : le Kilongo, les musées, le mémorial et les différents sites qui témoignent de notre histoire.

Le kimbanguisme est une idéologie. Le peuple kimbanguiste est un peuple éveillé, qui a lutté pour l’indépendance de l’Afrique, en tant que pionnier et acteur majeur. Cependant, l’histoire du plus ancien prisonnier du monde, Papa Simon Kimbangu, demeure insuffisamment valorisée.

Aujourd’hui, Papa Simon Kimbangu Kiangani œuvre sans relâche, jour et nuit, pour rassembler le monde entier. Pourtant, cet engagement passe encore trop souvent inaperçu ce qui relève d’une forme d’hypocrisie.

Ceux qui sont sincères se distingueront par leur attachement aux principes fondamentaux que sont mbolingo, mibeko et misala en écho à la devise nationale : paix, justice, travail.

Bonne fête,

Papa Oyé oyé,

Je vous remercie.

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