Depuis la chute de Kaboul en 2021, environ 1 100 Afghans ayant collaboré avec les États-Unis sont bloqués dans une base militaire au Qatar. Alors que Washington peine à leur offrir une issue, le gouvernement taliban multiplie les appels au retour, garantissant une sécurité que l’ONU remet pourtant largement en question.**
Un exil sans issue dans le désert qatari
Cela fait maintenant près de cinq ans que ces ressortissants afghans vivent dans l’incertitude sur une ancienne base américaine au Qatar. Ayant fui leur pays par crainte de représailles lors du retrait des troupes occidentales en 2021, ces « alliés » devaient initialement rejoindre les États-Unis.
Toutefois, le programme de relocalisation — initié sous l’administration Biden — a été profondément démantelé par l’actuel président Donald Trump. Aujourd’hui, ces familles se retrouvent dans un vide juridique et diplomatique.
La proposition polémique de Washington : Le Congo ou le retour
Face à cette impasse, l’administration américaine a récemment formulé des propositions qui ont suscité l’indignation des organisations de défense des droits humains :
La relocalisation en République démocratique du Congo (RDC) :** Un pays lui-même en proie à de graves conflits internes.
Le rapatriement volontaire en Afghanistan.
Shawn VanDiver, président de l’ONG AfghanEvac, dénonce avec virulence l’option congolaise : *« On ne transfère pas des alliés de guerre dont les antécédents ont été vérifiés vers un pays en pleine décomposition »*.
Le discours des Talibans : « Confiance et tranquillité d’esprit »
Saisissant l’opportunité de ce blocage diplomatique, le ministère afghan des Affaires étrangères a réagi officiellement. Par la voix de son porte-parole, Abdul Qahar Balkhi, le gouvernement taliban invite ses ressortissants à rentrer au pays :
« L’Afghanistan est une patrie partagée pour tous les Afghans […] Nous invitons ceux qui sont concernés à rentrer en toute confiance et tranquillité d’esprit. »
Zabiullah Mujahid, porte-parole du régime, martèle de son côté qu’il n’existe aucune menace sécuritaire pour ceux qui reviendraient.
La réalité du terrain : Le démenti des Nations Unies
Malgré les promesses d’amnistie et de sécurité du régime de Kaboul, les rapports internationaux brossent un tableau bien plus sombre. Un rapport du Secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, publié en février dernier, documente une réalité alarmante entre fin 2025 et début 2026 :
29 arrestations et détentions arbitraires d’anciens officiels ou militaires.
6 cas de torture et de mauvais traitements** confirmés.
Ces exactions visent spécifiquement les anciens collaborateurs des forces occidentales, y compris certains individus ayant déjà tenté le pari du retour.
Alors que le sort de ces 1 100 exilés dépend des arbitrages de la Maison-Blanche, l’offre de « paix » des Talibans ressemble, pour beaucoup d’observateurs, à un piège politique au milieu d’une crise humanitaire qui dure depuis trop longtemps.
Avec le Figaro