Bruxelles, juillet 2025 – Ce 8 juillet, l’avocat belge Bernard Maingain, accompagné de son fils Brieuc, a déposé une plainte fracassante auprès des juridictions belges contre neuf membres de la famille du président congolais Félix Tshisekedi. Cette action en justice, présentée comme une dénonciation de « pillages miniers » orchestrés en République démocratique du Congo, s’inscrit dans une trajectoire beaucoup plus vaste et controversée : celle d’un homme de droit devenu acteur central dans les réseaux d’influence du régime rwandais à l’international.
Un avocat à la carrière intimement liée à Kigali
Depuis plus de deux décennies, Bernard Maingain s’est imposé comme l’un des avocats les plus proches du pouvoir rwandais. Il a notamment assuré la défense de figures emblématiques du régime de Paul Kagame, dont Rose Kabuye, ancien bras droit du président, visée dans les années 2000 par des mandats internationaux émis par le juge français Jean-Louis Bruguière. Cette affaire, qui portait sur l’attentat contre l’avion de Juvénal Habyarimana en avril 1994, a été l’un des épisodes judiciaires les plus sensibles liés au génocide rwandais.
Dans son ouvrage Le Cri du Faucon, Maingain dénonce ce qu’il considère comme une « machination judiciaire » contre le Front patriotique rwandais (FPR), comparant l’affaire Kabuye à celle de Dreyfus. Toutefois, son analyse omet volontairement les rapports indépendants et témoignages accablants qui mettent en cause le rôle du FPR dans divers crimes de guerre, y compris en République démocratique du Congo.
Un activisme sous couvert de justice
Au-delà de ses plaidoiries, Maingain s’est illustré comme un fervent porte-voix de la diplomatie rwandaise, multipliant les prises de parole dans les médias et les conférences. Il défend régulièrement la politique d’intervention de Kigali dans les régions orientales de la RDC, notamment sous prétexte de « neutralisation des forces génocidaires », un discours qui tend à justifier les incursions militaires du Rwanda et les exactions imputées au M23 – groupe largement soutenu par Kigali selon les Nations Unies.
Par ailleurs, l’avocat belge a été au cœur de plusieurs polémiques régionales. En 2015, il est cité dans le cadre du coup d’État manqué contre le président burundais Pierre Nkurunziza. Maingain aurait contribué à l’exfiltration de putschistes vers le Rwanda et, en 2016, il aurait transmis à la télévision française des images falsifiées, prétendument issues du Burundi, mais en réalité tournées en Afrique de l’Ouest.
Une plainte très politique à Bruxelles
Dans ce contexte, la plainte déposée ce 8 juillet 2025 par Bernard Maingain à Bruxelles ne peut être interprétée comme une simple action judiciaire. Elle vise neuf membres influents de la famille présidentielle congolaise, accusés de détournement de ressources minières via des sociétés écrans et de blanchiment de capitaux en Europe.
Ce dépôt intervient dans un climat géopolitique tendu entre Kinshasa et Kigali. Alors que la RDC accuse le Rwanda de soutenir les rebelles du M23 responsables de graves violations dans l’Est du pays, Kigali multiplie les contre-attaques politiques et judiciaires à l’international.
La démarche de Maingain semble s’inscrire dans cette stratégie d’affaiblissement du pouvoir congolais. Officiellement introduite au nom de prétendues ONG katangaises et d’ex-responsables miniers de la Gécamines, la plainte soulève des interrogations sur l’instrumentalisation de la justice européenne à des fins de guerre d’influence entre États africains.
Bernard Maingain n’est pas simplement un avocat plaidant pour la justice. Il est aujourd’hui perçu, à juste titre par de nombreux observateurs, comme un acteur clé de la diplomatie parallèle du Rwanda, usant du droit comme levier géopolitique. La plainte contre la famille Tshisekedi à Bruxelles s’apparente ainsi à un prolongement judiciaire de la confrontation régionale entre Kinshasa et Kigali, où les intérêts politiques, économiques et sécuritaires s’entremêlent dangereusement.
Dinanga Mbuyi « DM’