L’espoir d’une gouvernance assainie dans le portefeuille de l’État s’évapore à mesure que les scandales financiers s’empilent. Au Fonds de Promotion de l’Industrie (FPI), un trou béant de 300 millions de dollars américains vient d’être révélé. Une hémorragie financière vertigineuse qui rappelle les pires heures du régime précédent, mais qui met surtout en lumière la véritable tragédie de la gestion publique actuelle : l’utilisation de l’instabilité managériale et de la succession effrénée des directeurs généraux comme paravent à l’impunité et au pillage institutionnalisé.
L’histoire bégaie au Fonds de Promotion de l’Industrie. Lors du Conseil des ministres du 10 avril 2026, l’alerte lancée par le ministre de l’Industrie ad intérim, Justin Kalumba, a fait l’effet d’une bombe : 300 millions USD de créances croupissent entre les mains de débiteurs insolvables. Ce naufrage financier n’est pas le fruit du hasard. Il est le résultat direct d’une politique de gestion des ressources humaines au sommet de l’entreprise qui favorise l’inertie et protège les intouchables.
Le précédent de 2016 : Quand le leadership osait affronter les intouchables
Pour mesurer l’ampleur de la défaillance managériale d’aujourd’hui, le miroir de 2016 est implacable. Sous l’administration de Joseph Kabila, le FPI accusait déjà une ardoise de 260 millions USD d’impayés, frôlant la cessation de paiement avec à peine 738 000 USD en caisse.
À cette époque, feu Patrice Kitebi, nommé à la tête de l’institution, avait fait le choix d’un leadership de rupture face aux insolvables. Fort d’une certaine stabilité temporelle à son poste, il avait mis en place des mécanismes de prudence stricts et, surtout, déclenché une traque judiciaire agressive. Des dizaines de bâtiments et de concessions avaient été saisis et vendus. Ce management axé sur le recouvrement forcé avait permis de redresser la barre, laissant en juillet 2021 une trésorerie excédentaire de 38 millions USD. Le dirigeant avait assumé son rôle de gendarme financier.
L’ère Tshisekedi : L’instabilité managériale comme outil de mauvaise gouvernance
Aujourd’hui, le contraste est saisissant. La somme engloutie est plus importante, mais le leadership semble anesthésié. Comment expliquer que le FPI soit retombé, en si peu de temps, dans un gouffre encore plus profond ? La réponse réside dans la « valse » vertigineuse de ses dirigeants.
En l’espace de quatre ans et demi (depuis juillet 2021), l’institution a consommé trois Directeurs Généraux :
Jean-Claude Kalenga Makonga (Juillet 2021 – Septembre 2022)
Bertin Mudimu Tshisekedi (Septembre 2022 – Août 2025)
Hervé Claude Ntumba Batukonke (Depuis août 2025)
Ce turn-over intempestif est destructeur. À chaque changement de casting, le nouveau mandataire nécessite des mois pour appréhender les dossiers complexes et les rouages d’une institution gangrenée par les pressions politiques. Cette instabilité casse net toute vision à long terme, brise l’élan des recouvrements et annihile le suivi des projets structurants.
Pire encore, ces dirigeants, conscients de leur siège éjectable, se transforment souvent en de simples exécutants, incapables de tenir tête aux puissants réseaux de débiteurs insolvables qui pullulent dans les cercles du pouvoir. Le dirigeant n’est plus un gestionnaire, il devient un fusible.
Audits timides contre actions judiciaires : le triomphe de l’impunité
Face à l’urgence, la réaction actuelle de l’appareil d’État frise la complaisance. Là où l’ancienne direction n’hésitait pas à solliciter les tribunaux et les cabinets d’avocats pour saisir les biens hypothéqués, le sommet de l’État se contente aujourd’hui de « proposer un audit » pour « détecter d’éventuels dysfonctionnements internes ». Une litote inacceptable quand 300 millions de dollars de deniers publics sont dans la nature.
L’actuel DG, Hervé Claude Ntumba Batukonke, a promis de faire du recouvrement sa priorité. Mais sans une volonté politique claire de stabiliser le management et de laisser les dirigeants agir sans interférences partisanes, ces promesses resteront lettre morte.
En définitive, le drame du FPI prouve que la gestion du portefeuille de l’État congolais n’a pas mué. D’un régime à l’autre, les entreprises publiques demeurent des comptoirs de distribution de richesses pour une poignée de privilégiés. Et la valse constante des mandataires sociaux s’avère être la méthode la plus redoutable pour s’assurer que personne n’ait jamais le temps, ni le pouvoir, de siffler la fin de la récréation.
Avec ScoopeRDC