Ebola en RDC : Quand le sensationnalisme des médias occidentaux confine à l’absurde

Alors qu’une nouvelle résurgence du virus Ebola a été signalée et rapidement maîtrisée dans la partie Nord-Est de la République démocratique du Congo (RDC), un autre virus, bien connu des rédactions occidentales, s’est remis à circuler : celui du traitement médiatique anxiogène, paresseux et globalisant. Pour l’Europe et l’Amérique, dès qu’un cas d’Ebola apparaît dans un village de l’Ituri ou du Nord-Kivu, c’est toute la RDC – un sous-continent de plus de 2,3 millions de kilomètres carrés – qui est virtuellement mise en quarantaine.

Le prisme déformant de l’ignorance géographique

La première victime du traitement médiatique occidental est systématiquement la géographie. Présenter une épidémie locale et circonscrite dans le Nord-Est de la RDC comme une menace nationale équivaut à dire qu’un incendie à Athènes menace la sécurité des habitants de Madrid ou de Paris.
Entre la zone touchée et la capitale Kinshasa, il y a plus de 1 500 kilomètres de distance, souvent sans liaisons routières directes. Pourtant, dans l’imaginaire des JT européens ou américains, la RDC est traitée comme un seul grand village homogène où le virus se transmettrait instantanément par magie d’un bout à l’autre du territoire.

Une épidémie circonscrite, un alarmisme globalisé

Sur le terrain, la réalité est scientifique et médicale : les équipes de riposte congolaises, devenues parmi les plus expertes au monde dans la gestion de ce pathogène, ont acquis des réflexes d’une efficacité redoutable. Le traçage des contacts, l’isolement et la vaccination permettent aujourd’hui de circonscrire très rapidement les foyers.
Mais cette efficacité locale ne fait pas vendre. Les grands médias préfèrent les titres chocs, les images d’archives d’hommes en combinaison intégrale jaune et le ton dramatique. Ce traitement asymétrique crée une psychose injustifiée qui a des conséquences économiques et humaines bien réelles pour le pays.

Le saviez-vous ? La RDC a développé une expertise unique au monde dans la gestion d’Ebola. Les protocoles sanitaires congolais sont aujourd’hui salués par l’OMS et souvent copiés à l’international.

L’absurdité suprême : Quand les Léopards du football sont stigmatisés

Le summum du ridicule est atteint lorsque ce traitement médiatique biaisé déborde sur le terrain culturel et sportif. Récemment encore, lors de rassemblements de l’équipe nationale de football – les Léopards –, certains médias et observateurs occidentaux ont poussé l’indécence jusqu’à s’interroger sur les « risques sanitaires » liés à la présence des joueurs congolais.
L’ironie de la situation frise le racisme inconscient :

  • Des joueurs basés en Europe : La quasi-totalité des joueurs de la sélection nationale évoluent au quotidien dans les championnats français, anglais, belge ou espagnol.
  • Aucun lien avec la zone touchée : Ces athlètes n’ont pas mis les pieds dans le Nord-Est de la RDC depuis des mois, voire des années pour certains nés en Europe.
  • La nationalité comme facteur de risque : Poser la question du risque Ebola pour ces joueurs démontre que, pour certains esprits, ce n’est pas le contact avec le virus qui contamine, mais simplement le fait de porter un passeport congolais ou d’avoir la peau noire.

Pour un journalisme de nuance et de dignité

Cette couverture médiatique du « Nord » n’est pas seulement paresseuse ; elle est nuisible. En alimentant la peur plutôt que l’information, elle maintient un climat de suspicion injustifié sur toute une nation et sa diaspora.
Il est temps que les rédactions occidentales fassent preuve de la même rigueur journalistique en Afrique qu’en Europe. Quand une crise sanitaire est locale, elle doit être traitée comme telle. Les Congolais, qu’ils soient médecins sur le terrain ou footballeurs professionnels sur les pelouses européennes, méritent le respect et la nuance, pas la stigmatisation.

Roger Lazio

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