Dans une déclaration percutante faite à Kinshasa ce 8 mai 2026, Martin Fayulu, figure de proue de l’opposition, a fustigé une proposition de loi référendaire qu’il qualifie de manœuvre illégale pour permettre au président Félix Tshisekedi de se maintenir au pouvoir au-delà de son second mandat.
Un « subterfuge » juridique
Le leader de l’ECiDé pointe directement du doigt l’initiative du député Paul Gaspard Ngondankoy. Selon Fayulu, cette proposition de loi n’est rien d’autre qu’une « porte dérobée » destinée à contourner l’article 220 de la Constitution, lequel verrouille les principes fondamentaux de la République, notamment la limitation du nombre de mandats présidentiels.
« Une Constitution qui cède à la crise cesse d’être une Constitution. Elle devient un simple outil de circonstance au service du pouvoir », a-t-il déclaré, dénonçant l’utilisation d’experts pour valider ce qu’il considère comme une dérive dictatoriale.
Le spectre d’un troisième mandat
L’enjeu est clair pour l’opposant : empêcher toute modification des règles du jeu avant les échéances de 2028. Fayulu accuse le pouvoir en place de vouloir instrumentaliser le concept de « dysfonctionnement majeur » pour vider l’interdiction de révision constitutionnelle de sa substance.
Il rappelle à cet effet le précédent de janvier 2015, où la pression populaire avait forcé le Sénat à reculer face à une tentative similaire sous l’ère Kabila. Pour lui, l’histoire se répète et les députés actuels sont placés devant leurs responsabilités historiques.Un pays en crise, une souveraineté menacée
Martin Fayulu a également lié cette tension politique à la situation sécuritaire dramatique dans l’Est du pays. Il s’interroge ouvertement sur les réelles motivations du maintien de cet état de guerre :
- Insécurité généralisée : Occupation par le M23/AFC et massacres par les ADF.
- Crise humanitaire : Plus de huit millions de déplacés internes.
- Soupçons politiques : Fayulu demande si cette guerre n’est pas « entretenue pour empêcher l’organisation des élections de 2028 ».
L’ultimatum du « Commandant du peuple »
Le ton s’est durci lorsque Fayulu a évoqué la fin du mandat de Félix Tshisekedi. Reprenant un slogan populaire, il a martelé :
« Commandant du peuple, na 2028, alinga to alinga te, akokende. » (Qu’il le veuille ou non, il devra partir).En guise de conclusion, l’opposant appelle à la sagesse du chef de l’État pour éviter de fragiliser davantage la cohésion nationale et de « consacrer la balkanisation » de la RDC. Pour sortir de l’impasse, il réitère sa demande de longue date : la tenue d’un dialogue national inclusif, seul rempart, selon lui, pour préserver l’unité et la souveraineté du Congo.
Kinshasa, le 08 mai 2026.