Le Sénat américain veut retirer au Kenya le “statut d’allié majeur  non membre de l’OTAN”invoquant des inquiétudes  concernant les liens présumés de Nairobi avec des groupes extrémistes non – étatiques

Le Sénat américain a ordonné une révision complète du statut récemment accordé au Kenya d’allié majeur non-OTAN (MNNA), invoquant des inquiétudes urgentes concernant les liens présumés de Nairobi avec des États adversaires, des groupes extrémistes et l’utilisation abusive potentielle du soutien militaire et des services de renseignement américains.

La directive a été introduite via l’amendement S.Amdt.3628, rédigé par le sénateur James Risch (R-Idaho), et fait partie de la loi sur l’autorisation de la défense nationale (NDAA) pour l’exercice 2026.

L’amendement, désormais intégré au Congressional Record, oblige le secrétaire d’État américain, aux côtés des secrétaires à la Défense et au Trésor, ainsi que du directeur du renseignement national, à mener un examen complet et classifié dans un délai de 180 jours.

L’amendement se concentre sur plusieurs domaines de préoccupation qui ont placé la position stratégique améliorée du Kenya sous un examen minutieux.

●      Liens avec les puissances étrangères : Le Sénat a exigé une ventilation détaillée des engagements militaires, politiques et financiers du Kenya avec la Chine, la Russie et l’Iran, en particulier après le 24 juin 2024, date à laquelle le Kenya a obtenu le statut de MNNA par l’administration Biden.

●      Liens extrémistes : L’examen doit évaluer les relations actuelles et historiques du Kenya avec les groupes armés non étatiques, en nommant explicitement les Forces de soutien rapide du Soudan (RSF) et Al Shabaab, basé en Somalie.

●      Utilisation de l’aide et des renseignements américains : L’utilisation par le gouvernement kenyan et de l’aide et des renseignements fournis par les États-Unis en matière de sécurité, notamment son implication présumée dans des enlèvements de civils, des restitutions, des actes de torture et des violences extrajudiciaires, suscite également des inquiétudes.

●      Risques liés aux refuges financiers : L’amendement demande aux agences de renseignement américaines d’examiner si le Kenya est devenu un refuge pour les individus et les organisations sanctionnés, y compris ceux figurant sur la liste SDN de l’Office of Foreign Assets Control (OFAC) du Trésor américain, en particulier ceux du Soudan du Sud, du Soudan, de l’Ouganda et de la Somalie.

●      L’influence économique de la Chine : Le Sénat souhaite une transparence totale sur le rôle du Kenya dans l’initiative chinoise « Ceinture et Route », ainsi que sur sa dette bilatérale croissante et ses liens commerciaux avec Pékin.

Cet examen pourrait marquer un tournant dans les relations entre les États-Unis et le Kenya. Le Kenya est devenu le premier pays d’Afrique subsaharienne à obtenir le statut d’allié majeur non membre de l’OTAN en juin 2024, une désignation qui donne accès à des technologies et à des formations militaires avancées, et permet une coopération plus étroite avec le Pentagone.

À l’époque, cette décision avait été saluée comme un « alignement stratégique » dans les efforts des États-Unis pour contrer l’influence croissante de la Chine et de la Russie sur le continent africain.

Cependant, les défenseurs des droits de l’homme et certains membres du Congrès ont depuis tiré la sonnette d’alarme. Les rapports faisant état d’une violence croissante de l’État contre les civils, d’opérations militaires opaques en Somalie et au Soudan du Sud, et de la dépendance croissante du Kenya à l’égard des infrastructures de surveillance et de télécommunications chinoises ont suscité des inquiétudes quant à l’alignement du Kenya sur les valeurs démocratiques qu’implique le statut de MNNA.

L’amendement reconnaît le rôle vital du Kenya en tant que contributeur de troupes de maintien de la paix des Nations Unies, en particulier en Haïti, où des officiers kenyans ont été déployés pour stabiliser le pays au milieu du chaos causé par les gangs.

Le Kenya est également un partenaire clé dans les opérations de lutte contre le terrorisme en Afrique de l’Est, notamment contre Al Shabaab.

Néanmoins, le Sénat américain insiste sur le fait que de telles opérations doivent rester dans les limites du droit international des droits de l’homme et d’une gouvernance responsable.

Que se passera-t-il ensuite

●      L’examen doit commencer dans les 90 jours suivant l’adoption du projet de loi.

●      Un rapport classifié détaillant toutes les conclusions doit être soumis aux principaux comités du Sénat et de la Chambre des représentants (relations étrangères, forces armées et renseignement) dans un délai de 180 jours.

Bien qu’aucune suspension immédiate du statut MNNA du Kenya n’ait été proposée, les implications de cette révision pourraient être graves.

Si les conclusions révèlent une mauvaise conduite ou un désalignement avec les intérêts stratégiques des États-Unis, le statut pourrait être révoqué, ce qui pourrait avoir un impact sur l’aide américaine, la formation conjointe et la coopération en matière de renseignement.

Alors que Washington réévalue ses partenariats de sécurité à travers l’Afrique, le Kenya se trouve désormais à la croisée des chemins, soumis à une surveillance plus approfondie que jamais.

 Lire  l’amendement S.Amdt.3628, rédigé par le sénateur James Risch

https://www.congress.gov/amendment/119th-congress/senate-amendment/3628/text

 Coco K.

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