Un rapport final du Groupe d’experts des Nations Unies sur la République démocratique du Congo, daté du 3 juillet 2025, lève le voile sur la stratégie de recrutement massive et sophistiquée du groupe armé Alliance Fleuve Congo/Mouvement du 23 mars (AFC/M23). Loin d’être une simple levée de troupes locales, le rapport décrit une opération systématique qui combine recrutement forcé de combattants ennemis, enrôlement volontaire au sein de la diaspora et des camps de réfugiés, et un appareil d’endoctrinement idéologique soutenu directement par le Rwanda.
Une Double Stratégie :
Contrainte et Persuasion
Pour maintenir sa capacité militaire et consolider son contrôle sur les territoires conquis, l’AFC/M23 est dans un « besoin constant de nouvelles recrues ». Pour ce faire, le groupe emploie une double approche.
D’une part, le rapport documente un « recrutement forcé à grande échelle ». Suite à la prise de Goma et Bukavu, des milliers de membres des Forces Armées de la RDC (FARDC), de la police (PNC) et des miliciens Wazalendo ont été systématiquement capturés.
Plus de 2 000 d’entre eux ont été conduits de force au camp de Rumangabo pour y suivre une formation militaire et idéologique. Le Groupe d’experts souligne que ce recrutement coercitif de soldats et de civils « pourrait constituer un acte passible de sanctions et s’apparenter à un crime de guerre ». Le M23 a même exercé des pressions sur la MONUSCO pour qu’elle lui livre environ 1 200 combattants FARDC et Wazalendo qui avaient trouvé refuge dans ses bases.
D’autre part, le mouvement attire des volontaires via un réseau bien établi. Le « Colonel » Semikobe Gafishi est identifié comme le responsable du recrutement dans l’est de la RDC. Des recrues affluent de la diaspora en Europe, au Canada et aux États-Unis. Un vivier particulièrement important se trouve dans les camps de réfugiés congolais au Rwanda et en Ouganda. Un homme d’affaires influent basé à Kampala, Kennedy Nari, jouerait un rôle déterminant dans l’acheminement de ces recrues étrangères.
La Formation : Une fabrique de combattants et de cadres
Au moment de la rédaction du rapport, plus de 7 000 nouvelles recrues étaient en formation dans divers camps militaires du M23, notamment à Tshanzu, Rutshuru et Bwiza. Sous le commandement du « Colonel » Léon Kanyamibwa, soutenu par des formateurs du M23 et rwandais, le programme est intensif. Il porte sur les tactiques militaires, la collecte de renseignements, mais aussi sur un endoctrinement idéologique poussé.
Les objectifs principaux enseignés aux recrues sont clairs : la neutralisation des Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR), le retour des réfugiés congolais, et le renversement du gouvernement de Kinshasa.
L’implication directe du Rwanda
Le rapport met en lumière une implication rwandaise qui va bien au-delà d’un simple soutien.
Les cadres politico-militaires les plus prometteurs du M23 sont envoyés suivre une formation spécialisée au centre d’entraînement des Forces de Défense Rwandaises (RDF) de Gabiro, au Rwanda. D’autres centres militaires rwandais à Nasho et Gako sont également utilisés pour former des recrues issues des camps de réfugiés.
Plus frappant encore, le rapport révèle qu’environ 600 à 800 réfugiés congolais au Rwanda, qui avaient été préalablement enrôlés dans les RDF, ont ensuite rejoint la rébellion, « renforçant considérablement la capacité de combat de l’AFC/M23 ». Cette fusion de forces brouille les lignes entre le groupe rebelle et l’armée rwandaise, illustrant une stratégie coordonnée pour pérenniser le conflit.
Rapport Nations-Unies