Les militants écologistes tirent la sonnette d’alarme, au péril de leur vie.
« Le parc national de Kahuzi-Biega est systématiquement pillé », déclare Josué Aruna, membre de Stop Ecocide International et directeur exécutif de la Société pour la conservation du bassin du Congo (CBCS). « On y observe l’exploitation des séquoias [Pterocarpus tinctorius] et du charbon de bois, mais aussi le trafic illicite d’espèces sauvages, notamment de chimpanzés. Si rien n’est fait pour y mettre un terme, le parc risque de disparaître. »
Aruna s’est exprimé devant la communauté internationale, un acte qui, selon lui, met désormais sa vie en danger .
« Je ne suis plus en sécurité à Bukavu. Ils sont venus à mon bureau à trois reprises pour tenter de me tuer ; ils ont tenté de m’enlever, mais sans succès. Mon téléphone a été piraté, mon équipe est constamment surveillée… Mes sources ont confirmé que ma tête était mise à prix, alors je vis caché », explique Aruna.
Dans une publication parue dans le dernier numéro du Gorilla Journal, les deux chercheurs alertent sur le fait que le M23 a confisqué les armes des éco-gardes locaux à leur arrivée au siège du parc à Tshivanga. Selon eux, cela a rendu impossible pour les gardes de prévenir et de sanctionner l’exploitation illégale de charbon de bois dans le parc.
« Une grande partie du secteur des hautes terres du parc reste très disputée, passant fréquemment de mains en mains entre le M23 et les milices pro-Kinshasa [pro-gouvernementales] », écrivent-ils. « Il est donc difficile d’attribuer la destruction d’une zone du parc à un acteur spécifique, y compris le M23. Conjugué au fait que le parc est moins connu que les Virunga, cela réduit la motivation du M23 à en faire une priorité. »
Les habitants fabriquent du charbon de bois à partir d’arbres fraîchement coupés, puis le carbonisent dans des fours artisanaux pendant environ une semaine. Chaque kilo de charbon produit nécessite 4 à 10 kilos de bois . Suite à l’offensive du M23 dans les Kivus, des centaines de milliers de Congolais ont été contraints de fuir. En juillet 2025, le Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations Unies (OCHA) estimait que le Sud-Kivu accueillait à lui seul 1,5 million de déplacés internes. Nombre d’entre eux dépendent du charbon de bois pour cuisiner.
Par Elodie Toto et Latoya Abulu