Kigali pourrait devenir la première destination africaine d’un dispositif européen controversé visant à transférer hors de l’Union européenne des migrants dont les demandes d’asile ont été rejetées. L’Allemagne, l’Autriche, le Danemark, la Grèce et les Pays-Bas seraient à l’origine de cette initiative, dont les contours restent à préciser.
Le Rwanda pourrait accueillir, dès 2027, un centre destiné aux migrants déboutés du droit d’asile dans plusieurs pays européens. Selon des informations rapportées le 20 octobre par l’Agence France-Presse (AFP), citant plusieurs sources concordantes, des négociations seraient en cours entre Kigali et cinq États membres de l’Union européenne (UE) pour mettre en place ce dispositif.
Baptisés « hubs de retour », ces centres visent à faciliter l’éloignement de personnes dont les demandes d’asile ont été rejetées, mais qui ne peuvent pas nécessairement être renvoyées immédiatement vers leur pays d’origine.
L’Allemagne, l’Autriche, le Danemark, la Grèce et les Pays-Bas travaillent depuis plusieurs mois à la concrétisation de ce projet. Leur objectif serait de conclure un accord avant la fin de l’année 2026 afin de permettre l’ouverture d’un premier centre en 2027.
Kigali se rapproche d’un accord avec les Européens
Le Rwanda figurerait désormais parmi les candidats les plus sérieux pour accueillir cette structure. D’après les sources citées par l’AFP, des représentants des cinq pays européens se sont rendus à Kigali au début du mois de septembre. Une délégation rwandaise aurait également effectué récemment un déplacement en Europe, avec notamment une étape à Bruxelles pour des discussions.
L’accord pourrait être officialisé à la mi-novembre, éventuellement en marge d’une conférence consacrée aux questions migratoires à Vienne. Toutefois, aucune annonce définitive n’avait encore été confirmée au moment de la publication de ces informations.
La Commission européenne participerait à certaines réunions en qualité d’observatrice, sans intervenir directement dans la définition des modalités opérationnelles du projet. Le gouvernement rwandais, sollicité par l’AFP, n’avait pas immédiatement réagi.
Un projet pilote pour commencer
Pour limiter les difficultés pratiques et les critiques, les cinq États européens envisageraient de lancer le dispositif à petite échelle.
Selon les sources diplomatiques citées par l’AFP, une vingtaine de personnes déboutées du droit d’asile pourraient être transférées depuis chacun des cinq pays concernés lors de la première phase. Il s’agirait probablement d’hommes adultes interpellés aux frontières.
Les autorités devraient également régler plusieurs questions logistiques, notamment le transport des migrants, leur prise en charge médicale et les procédures à suivre en cas d’incident.
D’après une source proche des négociations, le centre ne serait pas conçu comme un établissement de détention fermé. Le Rwanda préférerait parler de « centres d’accueil » et pourrait y proposer des formations professionnelles aux personnes transférées.
Pour les gouvernements favorables à cette politique, l’objectif serait double : accélérer les expulsions et dissuader de nouvelles arrivées irrégulières en Europe.
Des ONG et des responsables politiques dénoncent une initiative controversée
Le projet suscite néanmoins de vives critiques de la part d’organisations de défense des droits humains et de responsables politiques de gauche, qui s’interrogent sur les conditions d’accueil, la protection juridique des migrants et le respect de leurs droits fondamentaux.
La France se montre également réservée. En juin dernier, le président Emmanuel Macron avait critiqué le principe de ces centres, estimant qu’ils n’étaient ni efficaces ni conformes aux valeurs de l’Union européenne.
L’eurodéputée écologiste néerlandaise Anna Strolenberg, qui s’est récemment rendue au Rwanda, a également exprimé son opposition. Elle considère comme une grave erreur le transfert de personnes en dehors du territoire européen au seul motif que les États membres ne souhaitent pas les accueillir.
Ces critiques portent notamment sur la responsabilité des pays européens à l’égard des personnes transférées et sur les garanties qui leur seraient offertes une fois installées dans ces structures.
Le précédent britannique et les ambitions américaines
Le Rwanda n’en est pas à sa première expérience de négociations migratoires avec des puissances occidentales.
En 2022, le Royaume-Uni avait annoncé un projet visant à transférer vers le territoire rwandais certains demandeurs d’asile arrivés sur son sol. Cette initiative avait finalement été abandonnée sous le gouvernement de Keir Starmer, après d’importants obstacles judiciaires.
Les États-Unis ont également cherché à développer des mécanismes d’expulsion vers des pays tiers pour des étrangers dont le renvoi vers leur pays d’origine se révèle difficile. Des pays comme le Rwanda, l’Ouganda et le Salvador ont notamment été évoqués dans ce contexte.
Outre Kigali, l’Ouganda et l’Ouzbékistan figureraient parmi les destinations susceptibles d’accueillir, à terme, des centres similaires.
Une nouvelle étape dans le durcissement de la politique migratoire européenne
Si les négociations aboutissent, l’installation d’un centre au Rwanda marquerait une nouvelle étape dans la volonté de plusieurs gouvernements européens de renforcer leur politique migratoire en externalisant une partie des procédures de retour.
Reste à savoir si le projet pourra être mis en œuvre dans les délais envisagés, quelles garanties seront accordées aux personnes transférées et dans quelle mesure ce mécanisme permettra réellement d’augmenter les expulsions.
À ce stade, l’accord demeure en négociation et les modalités définitives du dispositif n’ont pas été officiellement annoncées.
Avec RTL