L’échec se répète : Le dernier soldat kényan quitte Haïti, miroir de la débâcle en RDC

Comme un parfum de déjà-vu. Après deux ans de présence en Haïti, les derniers policiers kényans ont quitté Port-au-Prince ce lundi. Si le discours officiel tente de sauver les apparences, la réalité du terrain est sans appel : la Mission multinationale de soutien à la sécurité (MMSS) se solde par un bilan d’échec qui n’est pas sans rappeler le retrait kényan de l’Est de la RDC fin 2023.

Un bilan teinté d’impuissance

Déployée en juin 2024 sous mandat de l’ONU, la force kényane avait pour mission titanesque de briser l’étau des gangs qui asphyxient la capitale haïtienne. Près de deux ans plus tard, le constat est amer. Malgré la sécurisation très localisée de l’aéroport et de quelques axes routiers, les gangs contrôlent toujours près de 80 % de Port-au-Prince.

Pire encore, la violence s’est métastasée. Selon les données de l’ONU, les groupes armés ont profité de l’inefficacité de la force pour étendre leur emprise vers la périphérie de la ville. Le coût humain est vertigineux : plus de 5 000 personnes ont perdu la vie entre mars 2025 et janvier 2026. Parmi ces victimes, 3 000 ont péri lors d’opérations menées par les forces de sécurité, soulevant des questions sur la brutalité et le manque de précision de ces interventions.

L’ombre de la RDC : Une spécialité du « retrait sans résultat » ?

Pour les observateurs internationaux, ce départ précipité résonne comme un écho à l’expérience kényane en République démocratique du Congo. Fin 2023, les troupes du Kenya, engagées sous la bannière de la Communauté d’Afrique de l’Est (EAC), avaient dû quitter le Nord-Kivu sous les critiques acerbes du gouvernement congolais et de la population. À l’époque, on leur reprochait une forme de passivité face aux rebelles du M23, voire une « cohabitation » inefficace.

En Haïti, le scénario semble s’être répété : une force sous-équipée, sous-financée (opérant à seulement 40 % de sa capacité selon le président William Ruto), et incapable de passer d’une posture de garde statique à une offensive réelle contre les structures criminelles. À cela s’ajoute le déshonneur : l’ONU a jugé fondées des accusations d’abus sexuels, notamment sur des mineures, entachant définitivement le passage des policiers de Nairobi.

La relève : Le Tchad en première ligne ?

Le départ des Kényans laisse un vide sécuritaire que la communauté internationale tente de combler en changeant de stratégie. La mission de « soutien » laisse place à une structure plus musclée : la Force de répression des gangs.

Cette nouvelle entité ambitionne d’aligner 5 500 membres pour espérer un basculement du rapport de force. Les points clés de cette relève sont les suivants :

  1. L’arrivée massive du Tchad : N’Djamena a d’ores et déjà promis l’envoi de 1 500 hommes. Les soldats tchadiens sont réputés pour leur expérience du combat urbain et leur efficacité dans la lutte contre le terrorisme au Sahel, un profil qui tranche avec celui des policiers kényans.
  2. La transformation en mission de maintien de la paix : Face au manque de financement chronique dénoncé par le Kenya, des discussions avancées au Conseil de sécurité de l’ONU visent à transformer cette force multinationale en une véritable opération de maintien de la paix (casques bleus). Cela permettrait d’assurer un financement pérenne via le budget de l’ONU, ce qui a cruellement manqué à la mission kényane.
  3. L’intégration de nouveaux contributeurs : Outre le Tchad, d’autres nations (notamment des pays des Caraïbes et d’Afrique de l’Ouest) sont sollicitées pour atteindre l’objectif des 5 500 effectifs.

Le retrait kényan marque la fin d’une illusion : celle qu’une force de police légère pourrait vaincre des armées de gangs ultra-militarisées. Alors que les derniers agents de Nairobi s’envolent, ils laissent derrière eux un pays toujours à feu et à sang, et une population haïtienne qui se demande si la prochaine force étrangère sera, enfin, la bonne, ou si elle ne fera que prolonger un cycle d’interventions stériles.

Aimé Binda

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