L’offensive d’Africa Intelligence sur les allocations et dépenses du clan Tshisekedi : Au centre se retrouvent  de présumés Documents financiers sensibles de la Banque Centrale du Congo dirigée par André Wameso 

KINSHASA — La publication progressive de documents et relevés  financiers par Africa Intelligence soulève de nouvelles interrogations sur les circuits de paiement de l’État congolais et sur la circulation d’informations sensibles au sein des institutions publiques. Au centre de cette séquence : la Banque centrale du Congo (BCC), dont le gouverneur, André Wameso, pourrait se retrouver sous pression, même si rien ne permet actuellement d’établir sa responsabilité dans cette fuite présumée.

Le 21 octobre 2026, Africa Intelligence a publié une enquête affirmant que les déplacements et missions du président Félix Tshisekedi avaient représenté au moins 122,3 millions de dollars en 2025, selon des documents que le média dit avoir consultés. Cette somme représenterait près de 33 % du budget rectifié de la présidence congolaise.

En outre, selon le même document, les frais de mission de l’ épouse de Félix Tshisekedi, Denise Nyakeru Tshisekedi, s’élèveraient à environ 5,37 millions de dollars.

Ces chiffres accentuent  la pression sur l’exécutif congolais face aux critiques récurrentes concernant la gestion des deniers publics en RDC notamment  la taille excessive du cabinet  du chef de l’État, qui compte officiellement  plus de 1 018 agents. Cette équipe comprend le directeur de cabinet, plusieurs directeurs adjoints, des dizaines de conseillers spéciaux, des conseillers principaux répartis dans divers collèges , ainsi que des ambassadeurs itinérants et des chargés de mission. Au-delà du seul cabinet politique, l’institution globale de la présidence de la République gère un total de 31 services distincts. L’ensemble de ces services rémunère près de 8 000 agents (environ 7 934 personnels inscrits).

La gestion administrative et opérationnelle de ce cabinet impose une charge annuelle dépassant les 40,5 millions de dollars Selon les mêmes documents consultés par Africa Intelligence .

Notons que La République démocratique du Congo a été représentée à l’Assemblée générale des Nations unies par la Première ministre Judith Suminwa, et non par le président Félix Tshisekedi. Aucune raison officielle n’avait  été donnée pour expliquer cette absence mais la Radio France Internationale a rapporté que Félix Tshisekedi ne pouvait voyager sans ses Garde du corps vue les restrictions américaines.

Le 26 octobre, le même média a consacré une nouvelle publication aux versements du Trésor public à Marthe Kasalu, mère du chef de l’État, ainsi qu’à plusieurs fondations liées à la famille présidentielle dont la Fondation Marthe Kasalu et la Fondation Etienne Tshisekedi. Créée en avril 2021 par la mère du président, Marthe Kasalu Jibikila, la Fondation Kasalu se présente officiellement comme une œuvre philanthropique active dans les domaines social, éducatif et culturel. Bien que ses statuts indiquent qu’elle ne perçoit aucune subvention publique et vit de dons privés, l’enquête démontre qu’elle a bénéficié de virements directs massifs de la part du Trésor public via la Banque Centrale du Congo et le INPP et le FNPSS.

Au-delà de la figure maternelle, d’autres fondations et structures associées aux frères, à la Première dame Denise Nyakeru, ou aux enfants du chef de l’État font l’objet de soupçons quant à leur financement opaque.

Pour la société civile, l’utilisation de ces fondations familiales sert de paravent légal pour masquer des détournements de fonds publics. Ce volet financier est désormais étroitement lié aux enquêtes judiciaires internationales. La justice belge s’intéresse de près aux flux de capitaux de l’entourage de Félix Tshisekedi, soupçonnant que l’argent de l’État et les revenus issus de la prédation des ressources minières du Katanga finissant sur des comptes privés en Europe.

Ces révélations successives replacent au premier plan la question de la traçabilité des fonds publics, de la nature des bénéficiaires et des procédures ayant encadré les paiements évoqués. Elles posent également une question sensible, au cas où ses documents s’avèrent authentiques: comment des documents financiers présentés comme internes ont-ils pu parvenir à un média spécialisé ?

Une source interne à identifier ?

La diffusion de ces informations alimente l’hypothèse d’une transmission de documents par une personne disposant d’un accès privilégié aux données financières. Toutefois, l’identité d’un éventuel informateur, son institution d’origine et les circonstances de cette transmission ne sont pas établies publiquement. Il serait donc prématuré de conclure à l’existence d’une « taupe » au sein de la BCC.

D’autant que, le 21 octobre, la Banque centrale a publiquement contesté être à l’origine des chiffres relatifs au budget des déplacements présidentiels. Dans son communiqué, elle a affirmé n’avoir produit ni publié de rapport officiel contenant ces données et a demandé que leur provenance soit clarifiée.

Cette mise au point ne permet pas, à elle seule, d’identifier la source des documents consultés par Africa Intelligence. Elle rend néanmoins plus délicate la question de leur origine institutionnelle.

André Wameso sur une chaise éjectable ?

Pour André Wameso, nommé gouverneur en 2025, l’enjeu est désormais celui de la crédibilité institutionnelle et de la maîtrise de la circulation des informations sensibles. Si les documents proviennent effectivement d’un circuit interne, des questions pourraient se poser sur les procédures d’accès, de conservation et de sécurisation des données.

Le gouverneur pourrait-il subir les conséquences politiques de cette affaire, même sans être personnellement impliqué dans la transmission des documents ? Le scénario est envisageable, mais aucune information publique vérifiée ne permet, à ce stade, d’affirmer qu’une éviction est envisagée ou qu’une décision de remplacement est imminente.

Il convient également de distinguer une éventuelle défaillance dans la protection des données d’une responsabilité personnelle dans leur divulgation. Les deux ne sont pas automatiquement équivalentes.

Au-delà du sort du gouverneur, cette séquence pose une question plus large sur la transparence de la gestion des fonds publics en RDC : les autorités apporteront-elles des explications détaillées sur les paiements évoqués et sur les mécanismes de contrôle qui les encadrent ?

À mesure que de nouvelles publications pourraient intervenir, l’attention restera portée sur trois éléments : l’authenticité et la portée exacte des documents, l’identification de leur provenance et les éventuelles réactions officielles. C’est sur ces éléments vérifiables, plutôt que sur les seules spéculations autour d’une fuite, que pourra se construire la suite de cette affaire.

Rédaction

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