Mozambique :Une dérogation exceptionnelle (waiver) est accordée à TotalEnergies et ExxonMobil pour coopérer avec les forces de défense rwandaises par L’Office of Foreign Assets Control (OFAC), une agence du Trésor américain
L’Office of Foreign Assets Control (OFAC) a accordé une dérogation ciblée (waiver) au début du mois d’avril 2026 pour permettre aux géants pétroliers TotalEnergies et ExxonMobil de coopérer avec la Rwanda Defence Force (RDF) dans la province de Cabo Delgado, au nord du Mozambique.Cette mesure d’exemption exceptionnelle s’inscrit dans un contexte géopolitique et économique complexe.
Origine des sanctions américaines
Le 2 mars 2026, le Trésor américain via l’OFAC a imposé de lourdes sanctions économiques à l’encontre de la Rwanda Defence Force (RDF) et de plusieurs hauts responsables rwandais. Ces sanctions ont été décidées en raison du rôle présumé de l’armée rwandaise dans le soutien aux rebelles du M23 actifs dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC). En principe, ces sanctions interdisent à toute entreprise ou personne liée aux États-Unis de financer ou de collaborer avec l’armée rwandaise.
Les raisons de la dérogation (Waiver), Dépendance sécuritaire des projets GNL
Environ 5 000 soldats rwandais sont déployés à Cabo Delgado depuis 2021 pour repousser l’insurrection djihadiste. TotalEnergies (projet Mozambique LNG) et ExxonMobil (projet Rovuma LNG) estiment que la sécurisation de leurs infrastructures géantes de gaz naturel liquéfié, représentant des dizaines de milliards de dollars, est impossible sans le maintien de ces troupes rwandaises, l’armée mozambicaine n’étant pas prête à prendre le relais.Face aux sanctions américaines et aux réticences de financement de l’Union européenne, le Rwanda a fait savoir en coulisses qu’il pourrait réduire sa présence ou retirer ses troupes du Mozambique si les sanctions bloquaient légalement les opérations de sécurisation des Intérêts énergétiques majeurs.
Devant le risque de voir ces mégaprojets gaziers de nouveau paralysés par l’insécurité, le gouvernement américain a privilégié la protection des intérêts commerciaux et énergétiques stratégiques globaux.Cette exemption montre une adaptation pragmatique de la politique de sanctions de Washington, protégeant les investissements des multinationales occidentales tout en maintenant une pression de façade sur le rôle du Rwanda en RDC.
Cette décision lève un verrou juridique et financier majeur. Elle permet d’envisager une reprise complète des investissements et des travaux de construction sans craindre des sanctions américaines secondaires.
Sécurité d’approvisionnement
À moyen terme, l’arrivée sur le marché du gaz mozambicain est cruciale pour diversifier l’approvisionnement énergétique mondial, notamment pour l’Europe. Bien que légalement protégées par l’OFAC, les deux majors pétrolières restent exposées aux critiques des ONG concernant le bilan des droits de l’homme lié aux interventions militaires de la RDF dans la région.
Aimé Binda