RDC : près de 3 000 violations des droits humains en six mois, le lourd bilan du BCNUDH

Kinshasa, 23 septembre 2026 — Le bilan semestriel du Bureau conjoint des Nations unies aux droits de l’homme (BCNUDH) met en lumière la persistance des atteintes aux droits fondamentaux en République démocratique du Congo. Entre le 1er janvier et le 30 juin 2026, l’institution onusienne a documenté 2 996 violations et atteintes aux droits humains, ayant affecté 6 189 victimes à travers le pays.

Derrière ces chiffres se trouvent des violences commises dans un contexte particulièrement difficile, marqué par la poursuite des conflits armés dans l’Est, les déplacements de populations, les violences sexuelles, mais également des restrictions de l’espace civique dans les provinces moins directement touchées par les combats.

Une baisse de 10 %, mais pas nécessairement une amélioration

À première vue, le nombre de violations documentées a diminué de 10 % par rapport au deuxième semestre 2025. Mais le BCNUDH appelle à la prudence dans l’interprétation de cette évolution.

En effet, le nombre de cas enregistrés au premier semestre 2026 reste 8 % supérieur à celui de la même période en 2025. Surtout, les Nations unies soulignent que les difficultés d’accès à certaines zones, ainsi que les problèmes de documentation et de signalement, peuvent influencer les statistiques.

Autrement dit, les 2 996 cas correspondent aux violations que les équipes ont pu documenter et vérifier. Ce chiffre ne doit donc pas être considéré comme un recensement exhaustif de toutes les violations commises sur le territoire congolais.

L’Est concentre la majorité des violations

Les provinces affectées par les conflits armés concentrent l’essentiel du bilan.

Sur les 2 996 violations recensées au niveau national, 2 607 ont été documentées dans les zones affectées par les conflits, concernant 5 032 victimes.

Le BCNUDH relève notamment la poursuite des affrontements et de l’expansion territoriale de l’AFC/M23 dans l’Est de la RDC.

Le retrait de l’AFC/M23 d’Uvira et de la plaine de la Ruzizi n’aurait pas automatiquement amélioré la protection des civils. Selon le BCNUDH, des représailles, de nouveaux déplacements de populations et une intensification des hostilités dans les Hauts-Plateaux ont continué à affecter les communautés locales.

Les ADF restent également une menace majeure

Le rapport s’intéresse aussi à la situation dans le Nord-Kivu et l’Ituri, où les Forces démocratiques alliées (ADF) demeurent une menace importante.

Le BCNUDH attribue à ce groupe 230 atteintes aux droits humains ayant affecté 1 064 victimes au cours de la période étudiée. D’autres groupes armés ont également continué à commettre des violences contre les populations civiles.

Cette situation montre que la crise sécuritaire dans l’Est ne se résume pas à un seul théâtre d’affrontements. Plusieurs zones restent confrontées à des acteurs armés et à des formes différentes de violences contre les populations.

Des écoles et des hôpitaux également touchés

Le bilan des Nations unies fait également état de 31 violations du droit international humanitaire, dont certaines ont concerné des infrastructures et des sites bénéficiant d’une protection particulière, notamment des écoles et des établissements de santé.

Ces attaques ont des conséquences qui dépassent les victimes directement touchées. Lorsqu’une école est attaquée ou qu’un centre de santé cesse de fonctionner, ce sont également les populations environnantes qui perdent l’accès à des services essentiels.

267 cas de violences sexuelles documentés

L’un des volets les plus préoccupants du bilan concerne les violences sexuelles liées au conflit.

Le BCNUDH indique avoir documenté 267 cas, concernant 401 victimes, principalement des femmes et des enfants.

Le Bureau souligne parallèlement les difficultés rencontrées par de nombreuses victimes pour accéder aux soins médicaux, au soutien psychosocial, à l’assistance juridique et à la justice.

Cette situation pose donc non seulement la question de la prévention des violences, mais également celle de la prise en charge et de l’accompagnement des victimes après les faits.

L’espace civique également sous pression

Les violations documentées ne concernent pas uniquement les zones de guerre.

Dans les provinces non directement touchées par les conflits armés, le BCNUDH fait état de 76 violations liées à l’espace civique, ayant affecté 173 victimes. Le Bureau rapporte également 60 cas de protection concernant 72 défenseurs des droits humains et journalistes.

Ces données mettent en évidence une autre dimension de la situation congolaise : les préoccupations liées à la liberté d’action des défenseurs des droits humains et au travail des journalistes.

169 procédures judiciaires ouvertes

Le rapport ne se limite toutefois pas au constat des violations.

Avec l’appui du BCNUDH et de la MONUSCO, les juridictions militaires ont ouvert au moins 169 procédures judiciaires, tandis que 96 personnes ont été condamnées, selon les données communiquées par le Bureau.

Ces procédures constituent un volet important de la lutte contre l’impunité. Elles montrent également que la documentation des violations peut servir de base aux mécanismes judiciaires chargés d’établir les responsabilités.

Un bilan qui dépasse la seule question sécuritaire

Le rapport semestriel du BCNUDH dessine ainsi une situation à plusieurs dimensions.

Dans l’Est, la poursuite des combats et les activités des groupes armés continuent d’exposer les civils à de nombreuses violations. Dans les autres provinces, les Nations unies signalent notamment des restrictions touchant l’espace civique.

Le bilan intervient également dans le contexte de l’épidémie d’Ebola déclarée le 15 mai 2026. Le BCNUDH appelle à une réponse sanitaire respectueuse des droits humains, avec un accès équitable aux soins et à l’information, ainsi que des mesures destinées à prévenir la stigmatisation des personnes malades et des communautés touchées.

2 996 violations documentées, 6 189 victimes : un chiffre à lire avec prudence

Le chiffre de 2 996 violations constitue donc un indicateur important de la situation des droits humains en RDC au premier semestre 2026. Mais les Nations unies invitent à ne pas l’interpréter comme le nombre total de violations réellement commises.

Les difficultés d’accès aux zones de conflit et les limites du signalement peuvent empêcher certaines victimes de faire connaître leur situation. Le bilan doit donc être compris comme le nombre de violations documentées et vérifiées par le BCNUDH, et non comme un décompte exhaustif de toutes les exactions commises durant ces six mois.

Au-delà des statistiques, le rapport remet ainsi au centre du débat la question de la protection des civils, de l’accès à la justice et de la lutte contre l’impunité, alors que la RDC reste confrontée à une situation sécuritaire particulièrement difficile dans sa partie orientale.

Rapport

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