Alors que le président mozambicain Daniel Chapo tente de rassurer sur la continuité des opérations antiterroristes au nord du pays, la fin annoncée du soutien financier de l’Union européenne (UE) en mai 2026 place le Rwanda et le Mozambique devant un défi sécuritaire majeur.
Par Aimé Binda
Le soulagement aura été de courte durée pour les populations de Cabo Delgado. Malgré les succès militaires probants enregistrés par les forces rwandaises depuis 2021, l’avenir de la mission est aujourd’hui suspendu à une décision budgétaire en provenance de Bruxelles. Le président mozambicain, Daniel Francisco Chapo, a beau affirmer qu’aucune notification officielle de suspension ne lui est parvenue, le spectre d’un désengagement de l’Union européenne se précise.
Pourquoi l’Union européenne envisage-t-elle de suspendre son aide ?
Le financement de 20 millions d’euros alloué par l’UE via la Facilité européenne pour la paix (FEP) arrive à échéance en mai 2026. Plusieurs facteurs expliquent la réticence de Bruxelles à renouveler cette enveloppe :
* La pression diplomatique liée à la RDC : C’est le point le plus sensible. Plusieurs États membres de l’UE pointent du doigt l’implication présumée du Rwanda dans le conflit en République démocratique du Congo (RDC), notamment son soutien aux rebelles du M23. Financer l’armée rwandaise au Mozambique tout en condamnant ses actions à l’Est de la RDC crée une dissonance diplomatique que certains capitales européennes ne souhaitent plus assumer.
* Un changement de stratégie globale : L’UE privilégie de plus en plus la « solution locale ». Après avoir formé les troupes mozambicaines (EUTM Mozambique), Bruxelles estime que le relais devrait être pris par les forces nationales, malgré les doutes persistants sur leurs capacités opérationnelles réelles.
* Contraintes budgétaires et priorités géopolitiques : Avec la persistance du conflit en Ukraine et les tensions au Moyen-Orient, l’UE réoriente ses ressources financières vers des zones jugées plus critiques pour sa sécurité immédiate.
Les conséquences d’un retrait : un saut dans l’inconnu
Le départ ou la réduction drastique du contingent rwandais, faute de financement, pourrait avoir des répercussions dévastatrices pour la province de Cabo Delgado.
1. Un vide sécuritaire immédiat
Les troupes rwandaises sont actuellement les plus efficaces contre le groupe Ansar al-Sunnah. Un retrait créerait une faille dans laquelle les insurgés s’engouffreraient immédiatement, menaçant de reprendre les bastions repris de haute lutte, comme les zones stratégiques de Palma et Mocímboa da Praia.
2. Le gel des projets gaziers
La stabilité retrouvée avait permis d’envisager la reprise des mégaprojets de gaz naturel liquéfié (GNL), notamment celui de TotalEnergies. Si la sécurité n’est plus garantie par une force tierce crédible comme le Rwanda, les investisseurs pourraient suspendre durablement leurs activités, privant le Mozambique de revenus économiques vitaux.
3. Une crise humanitaire renouvelée
Le retour des déplacés internes, l’un des grands succès de ces deux dernières années, serait stoppé net. De nouvelles vagues de réfugiés pourraient fuir vers le sud ou les pays voisins, déstabilisant davantage une région déjà fragile.
4. Un basculement vers de nouveaux partenaires
Si l’Occident se retire, le Mozambique pourrait se tourner vers d’autres acteurs moins exigeants sur les questions de droits de l’homme ou de diplomatie régionale, comme des sociétés militaires privées ou des puissances émergentes, modifiant ainsi l’équilibre géopolitique de l’Afrique australe.
Vers une solution de dernière minute ?
Le président Daniel Chapo mise sur le dialogue. En déclarant que « la situation n’est pas encore terminée », il appelle implicitement l’UE et le Rwanda à trouver un compromis. Le gouvernement rwandais, de son côté, a été clair : il ne continuera pas à porter seul le fardeau financier et politique de cette mission s’il continue d’être « puni » par la communauté internationale.
Les prochaines semaines seront décisives. Entre la nécessité de stabiliser le Mozambique et les pressions politiques liées aux Grands Lacs, l’UE devra choisir entre la cohérence diplomatique et la realpolitik sécuritaire.