TotalEnergies et ExxonMobil ont averti Washington que le retrait rwandais mettrait en péril des projets gaziers de plusieurs milliards de dollars. Des délégations de haut niveau, notamment menées par le directeur Afrique d’ExxonMobil, Walter Kansteiner, ont négocié ce compromis.La présence des quelque 5 000 soldats rwandais sur la péninsule d’Afungi est jugée indispensable par les industriels, les forces mozambicaines n’étant pas encore prêtes à prendre le relais pour sécuriser la zone face à l’insurrection terroriste. Notons que la dérogation couvre toute la phase de construction des installations, prévue jusqu’en 2029-2030.
Mozambique LNG (TotalEnergies) : Projet de 13 millions de tonnes de gaz naturel liquéfié (GNL) par an.
Rovuma LNG (ExxonMobil) : Projet de 18 millions de tonnes de GNL par an.
La position de l’Union Européenne
En parallèle, les efforts de pays comme la Belgique pour bloquer le soutien financier européen au déploiement rwandais au Mozambique ont échoué. L’Union européenne s’oriente vers une restructuration de ses mécanismes d’aide financière, prévoyant de faire transiter les fonds directement par le Mozambique ou via les entreprises énergétiques européennes investies à Cabo Delgado.La mission de Walter Kansteiner illustre parfaitement le poids de la diplomatie d’entreprise dans les zones de conflit de haute importance économique. En tant qu’ancien secrétaire d’État adjoint américain aux Affaires africaines, sa connaissance approfondie des circuits décisionnels de Washington a été un atout clé pour convaincre l’administration américaine de faire une exception à ses propres sanctions.Kansteiner et les équipes de TotalEnergies ont fait valoir à Washington que le vide sécuritaire créé par un départ du Rwanda profiterait immédiatement aux groupes djihadistes (notamment l’État islamique en Afrique centrale). Les deux géants ont insisté sur le fait que bloquer ces projets gaziers au Mozambique nuirait à la stratégie occidentale de diversification des approvisionnements en gaz, cruciale pour l’Europe.ExxonMobil a rappelé l’importance des capitaux américains engagés dans Rovuma LNG, transformant un enjeu de politique étrangère africaine en un dossier d’intérêt économique national pour les États-Unis. Le département du Trésor a finalement cédé en créant une distinction stricte. La dérogation permet de financer et de collaborer avec le contingent rwandais uniquement pour sa mission de sécurisation à Cabo Delgado, sans pour autant lever les sanctions globales qui pèsent sur la RDF pour ses actions en République démocratique du Congo.
Aimé Binda