Après une période de tensions et d’arbitrages liés aux anciens accords conclus avec le milliardaire sud-africain Robert Gumede (notamment via son groupe Guma), Kinshasa et Abou Dhabi ont officiellement relancé leurs négociations.
Les Émirats arabes unis ont relancé les négociations avec Kinshasa pour prendre le contrôle du gisement de cuivre et de cobalt de Musonoï East, l’un des derniers actifs majeurs non exploités de la compagnie publique congolaise Gécamines, a rapporté Africa Intelligence . Situé dans la riche province du Lualaba, ce projet est considéré comme stratégique. Bien que ses réserves exactes restent à certifier, sa valeur suscite l’intérêt de plusieurs géants miniers.
Le retour en course d’Abou Dhabi
Après une période d’incertitude liée à des arbitrages politiques et juridiques — notamment concernant de précédents accords avec l’homme d’affaires sud-africain Robert Gumede —, les discussions ont officiellement repris entre les autorités de la République démocratique du Congo (RDC) et les Émirats arabes unis.L’offensive d’Abou Dhabi bouscule d’autres acteurs sur le terrain, en particulier le groupe chinois Chengtun Mining, qui cherche également à s’imposer dans la région de Kolwezi avec une offre estimée à 300 millions de dollars. Cette reprise des discussions s’inscrit dans une dynamique beaucoup plus large d’investissements émiratis dans le secteur des minerais critiques en RDC. Abou Dhabi cherche activement à sécuriser ses chaînes d’approvisionnement pour la transition énergétique (cuivre, cobalt, étain), tout en renforçant son partenariat économique global avec le gouvernement de Félix Tshisekedi.
Les projections techniques confidentielles du gisement de cuivre et de cobalt de Musonoï East
Le statut de Musonoï East comme l’un des actifs les plus précieux de la Gécamines repose sur des projections industrielles particulièrement élevées, malgré l’absence de certification internationale standardisée de ses réserves. Selon les projections techniques confidentielles entourant les négociations, le gisement pourrait abriter près de 3 millions de tonnes de cuivre et 800 000 tonnes de cobalt. Aux cours actuels des métaux, ce gisement représente un potentiel brut estimé à plusieurs dizaines de milliards de dollars, ce qui explique l’intensité de l’offensive d’Abou Dhabi. Pour l’administration du président Félix Tshisekedi, la monétisation rapide de Musonoï East est perçue comme un levier financier crucial pour soutenir les dépenses militaires et sécuritaires dans l’est du pays. Kinshasa a un temps espéré tirer au moins 250 millions de dollars de sa cession initiale à la holding émiratie. Cependant, la gestion du dossier par la direction de la Gécamines a provoqué des tensions, notamment après la révocation d’un précédent protocole d’accord qui liait le site au groupe sud-africain Guma Group.
Le contrôle dans le Grand Katanga par les Emirats arabes unis?
Plusieurs licences minières majeures, à l’instar du gisement de Kabulungu, sont déjà passées sous pavillon émirati.
La cession du gisement de Kabulungu, situé dans la province stratégique du Lualaba (Grand Katanga), illustre parfaitement la méthode employée par Abou Dabi pour s’ancrer dans le secteur du cuivre et du cobalt en RDC. Le transfert de la licence PE 11599 s’est opéré via un contrat signé en faveur de Kabulungu Kamilombe Mining (KKM), une coentreprise détenue à 40 % par la Gécamines et à 60 % par Falcon Resources. Selon les investigations d’Africa Intelligence, Falcon Resources est directement liée à International Resources Holding (IRH), la filiale du géant émirati International Holding Co (IHC) dirigé par Tahnoon bin Zayed Al Nahyan (conseiller à la sécurité nationale des Émirats).Au-delà de Kabulungu, d’autres permis miniers émanant de la Gécamines ont été discrètement réattribués à des entités liées aux Émirats arabes unis. C’est notamment le cas de concessions de rejets miniers (tailings et haldes) transférées à la structure Kongo Mining Company (KMC), née d’un partenariat avec la firme émiratie Luna Mining.
Rédaction