Sanction US : voici Zigama, la « banque de l’armée » rwandaise, de la police et sécu accusée de financer le soutien au M23

Le 28 octobre 2026, l’OFAC a frappé à la fois le ministère rwandais de la Défense et la Zigama Credit and Savings Society. Née pour le bien-être des familles de militaires, cette puissante coopérative bancaire aux 100 000 membres est désormais accusée par Washington d’avoir financé l’effort de guerre du M23 et de l’AFC.

Le Trésor américain a abattu une carte majeure le 28 octobre 2026 en ciblant simultanément le ministère rwandais de la Défense et la Zigama Credit and Savings Society (Zigama CSS). Cette institution financière, à la fois discrète et omniprésente, constitue l’épine dorsale économique de l’appareil sécuritaire rwandais.

Une banque mutualiste au cœur de l’État sécuritaire

Fondée en 1997 sous le nom de Zigama (qui signifie « épargne » en kinyarwanda), l’institution a initialement vu le jour pour améliorer le bien-être des familles de militaires rwandais. Sa structure est unique : tous les soldats en sont actionnaires à parts égales, alimentés par une épargne obligatoire prélevée directement sur leur solde. Après avoir connu une croissance fulgurante — ses actifs sont passés de 10 milliards de francs rwandais en 2011 (l’année où elle a obtenu sa licence bancaire auprès de la banque centrale) à 215 milliards en 2017 (environ 261 millions de dollars) —, la coopérative pèse aujourd’hui lourd.

Ses membres dépassent largement le cadre de la seule armée : plus de 100 000 membres issus de six institutions de sécurité clés y sont affiliés :

L’armée rwandaise (RDF)

La police nationale

Le Bureau d’investigation rwandais (RIB)

Le laboratoire de police scientifique

Le service national de renseignement (NISS)

L’administration pénitentiaire

La direction face aux projecteurs

À la tête de cette machine financière, le site internet de Zigama indiquait il y a quelques mois le Brig. Gen. Adolphe Simbizi comme directeur général (une information administrative à prendre avec précaution et à revérifier). Contacté par l’agence Reuters pour obtenir une réaction à la suite de ces annonces de sanctions, le directeur général n’a pas répondu à nos demandes de commentaire.

Les lourdes charges brandies par Washington

Selon le Trésor américain, Zigama ne serait pas qu’une simple caisse d’épargne castrum : elle agirait comme un bras financier occulte pour les services de sécurité rwandais. Les griefs formulés par l’OFAC sont multiples :

Achats d’armement : la coopérative aurait facilité des paiements vers la Chine et d’autres pays pour l’acquisition d’armes, de munitions et de matériel militaire destiné aux forces rwandaises, tout en couvrant des frais de voyage et d’hébergement liés à des formations militaires.

Le trafic de minerais : une de ses agences locales aurait permis le transport vers Kigali d’or provenant directement de zones contrôlées par le M23 dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC).

Soutien aux rébellions : elle aurait fluidifié des transactions de plusieurs dizaines de millions de dollars au profit du M23 et de l’Alliance Fleuve Congo (AFC).

Portée des sanctions et absence de réaction officielle

Sur le plan pratique, l’annonce de l’OFAC gèle l’ensemble des avoirs de l’entité aux États-Unis ou détenus par des ressortissants américains, tout en imposant leur déclaration stricte. Au-delà du sol américain, les institutions financières internationales risquent désormais de rompre tout lien avec l’établissement pour éviter le couperet de l’extraterritorialité du droit américain. Jusqu’à présent, aucune réaction officielle de Kigali n’a pu être trouvée concernant cette salve de sanctions précisément ciblée sur Zigama.

Un contexte de pression géopolitique maximale

Cette mesure s’inscrit dans une ligne dure impulsée par le secrétaire américain au Trésor, Scott Bessent. Elle concrétise la mise en œuvre des engagements découlant des Accords de Washington de décembre 2025, qui exigent l’arrêt net du soutien au M23 et le retrait des troupes rwandaises du sol congolais.

Pour rappel, l’armée rwandaise avait déjà été sanctionnée le 2 mars 2026, aux côtés de quatre de ses hauts commandants — une démarche que Kigali avait alors qualifiée de partiale, ne visant qu’une seule partie au processus de paix. À l’inverse, le ministère des Affaires étrangères à Kinshasa a salué ces nouvelles mesures, y voyant la preuve que le Rwanda ne peut plus agir en toute impunité.

Rédaction

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