En juillet 2026, la République démocratique du Congo a inauguré sa première Banque de données pétrolières et gazières à Kinshasa. Présentée par la ministre des Hydrocarbures, Acacia Bandubola Mbongo, comme un outil de souveraineté pour moderniser et centraliser la gestion des ressources, cette infrastructure cache en coulisses des réseaux d’affaires complexes, des données obsolètes et des contentieux financiers.Une enquête exclusive publiée par le médias français spécialisé Africa Intelligence met en lumière les dessous de ce projet stratégique. Bien que le centre dispose de serveurs modernes d’une capacité de 15 000 gigaoctets, le contenu pose problème.
Les informations géologiques compilées reposent en grande partie sur des campagnes d’exploration très anciennes.Ces données ont simplement été retraitées ou réinterprétées au fil de contrats successifs.Ce manque de données récentes et fiables avait déjà refroidi de grands investisseurs internationaux lors des précédents appels d’offres.
L’ombre du contrat GeoSigmoid et ClayHall Group
La base technique de cette banque de données découle d’un projet amorcé en 2021 par l’ancien ministre des Hydrocarbures, Didier Budimbu.L’État congolais avait fait appel à la société GeoSigmoid pour évaluer le potentiel des bassins sédimentaires du pays.Ce projet était discrètement financé par la société émiratie ClayHall Group, dirigée par l’homme d’affaires nigérian Chukwuma Ayodeji Ojuroye. ClayHall Group s’était engagé à avancer 5 millions de dollars en échange de l’assurance d’obtenir un appel d’offres restreint pour s’emparer des meilleurs blocs pétroliers de son choix.
Un projet marqué par les contentieux
Le partenariat s’est embourbé dans des disputes financières et techniques. Didier Budimbu a accusé ClayHall Group de n’avoir versé que 3 millions de dollars sur les 5 promis, bloquant la finalisation complète des études.En parallèle, la ministre actuelle, Acacia Bandubola Mbongo, a décidé de ne pas relancer le contrat avec le cabinet américain DeGolyer and MacNaughton, censé certifier officiellement les réserves pétrolières et gazières du pays, malgré un acompte déjà versé de 300 000 dollars.D’autres acteurs gravitent autour de ces réseaux, à l’instar de Tony Chermani (ex-membre de cabinet ayant fondé le bureau géologique privé Bigemip), qui affiche GeoSigmoid comme partenaire mais réfute toute implication directe dans le volet pétrolier actuel.Cette banque de données, bien qu’inaugurée en grande pompe pour afficher une volonté de transparence, reste profondément connectée à des accords de gré à gré opaques et à des données techniques insuffisantes pour attirer les majors pétrolières
Aimé Binda