L’arrestation récente de Babunga Benjamin Watuna, analyste et ancien acteur du secteur humanitaire, suscite de vives interrogations dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC). Ce développement survient dans un climat régional tendu, marqué par un rapprochement sécuritaire accru entre Kinshasa et Bujumbura.
Un profil controversé
Babunga Benjamin Watuna est une figure clivée. Pour ses partisans, il est un observateur indépendant dont les analyses sur les dynamiques sécuritaires de la région sont particulièrement documentées. À l’inverse, ses détracteurs le soupçonnent de proximité idéologique avec le M23 ou Kigali.
Avant son interpellation, il possédait un riche parcours professionnel au sein d’organisations humanitaires internationales (notamment Mercy Corps, Save the Children, CARE, ZOA, ADRA, AMI et l’UNOPS). Ayant étudié au Burundi et partagé sa vie entre Bujumbura et Uvira, il possède des ancrages profonds dans la région. Selon des sources familiales, son épouse et ses enfants résident actuellement en Belgique.
Une coopération sécuritaire sous tension
L’arrestation de M. Watuna s’inscrit dans une tendance observée depuis plusieurs mois : une intensification de la collaboration entre les services de renseignement burundais et congolais.
Cette coopération se traduit régulièrement par l’interpellation, sur le sol burundais, de ressortissants congolais suspectés de liens avec le M23 ou le Rwanda. Une fois arrêtés, ces individus sont fréquemment transférés vers les prisons de Kinshasa. Ce fut notamment le cas de Laurent Ruboneka, employé à l’ambassade de RDC au Burundi, appréhendé en 2025.
L’interpellation de Babunga Benjamin Watuna intervient précisément au lendemain d’une visite officielle à Bujumbura du vice-Premier ministre congolais de la Défense, Guy Kabombo Muadiamvita, reçu le 26 mai 2026 par son homologue burundaise, Marie Chantal Nijimbere.
Le conflit dans l’Est : un puzzle régional complexe
Ce rapprochement sécuritaire se joue sur fond de conflit persistant dans l’est de la RDC :
- Opérations militaires : Depuis août 2022, le Burundi déploie des troupes aux côtés des FARDC contre le M23. Récemment, après s’être retirée d’Uvira et de la plaine de la Rusizi, l’armée burundaise a renforcé ses positions dans le Sud-Kivu via le lac Tanganyika.
- Guerre des accusations : Kinshasa maintient que le Rwanda soutient le M23 (soutien étayé par des rapports des Nations unies), tandis que Kigali accuse la RDC et le Burundi d’appuyer les FDLR, groupe rebelle hutu rwandais.
- Crise humanitaire : Malgré les efforts diplomatiques, les combats ne cessent de provoquer des déplacements massifs de populations civiles, exacerbant la crise dans la région des Grands Lacs.
À ce jour, ni les autorités burundaises ni congolaises n’ont réagi à l’appel lancé par la société civile et les proches de l’analyste, qui réclament sa libération et s’opposent formellement à son extradition.
Avec S.O.S Burundi