La multiplication des projets gaziers dans la province de Cabo Delgado s’accompagne de l’émergence d’une insurrection armée aux contours encore flous, qui freine les activités des opérateurs TotalEnergies et ExxonMobil.
Le contingent rwandais a considérablement augmenté, passant de 1 000 hommes initialement en 2021 à environ 5 000 soldats et policiers début 2026,continue d ‘assurer la sécurité des projets gaziers. Le 27 août de l’année dernière, le ministre de la Défense nationale du Mozambique, Cristóvão Artur Chume, et son homologue rwandais, Juvenal Marizamunda, ont signé à Kigali un accord sur le statut des forces afin de maintenir l’engagement des forces de défense rwandaises dans la lutte contre l’État islamique au Mozambique
et pour régulariser la présence à long terme de la RDF.
Malgré les succès initiaux, l’État Islamique au Mozambique (ISM) maintient une forte pression. Entre janvier et août 2025, plus de 500 attaques ont été enregistrées, et des heurts significatifs ont encore eu lieu début 2026 dans les districts de Macomia et Mocímboa da Praia.
La sécurisation des infrastructures de gaz naturel liquéfié (GNL) à Afungi reste la priorité absolue pour Maputo. C’est dans ce cadre que le Trésor mozambicain a repris ses versements mensuels de 2 millions de dollars à Kigali, incluant le remboursement partiel d’impayés accumulés depuis août 2024.
Ces versements ne couvrent qu’une fraction des coûts réels de la mission, estimés à plus de 10 millions de dollars par mois pour le Rwanda.
L’Union européenne a débloqué pour sa part des tranches successives de 20 millions d’euros pour soutenir la mission antiterroriste rwandaise, soulignant l’importance stratégique de cette force suite au retrait de la mission de la SADC (SAMIM).
En mai 2025, le gouvernement mozambicain a suspendu son soutien financier aux troupes rwandaises chargées de sécuriser la province de Cabo Delgado.
Ce manque de coopération entre Maputo et Kigali a plongé TotalEnergies (Mozambique LNG) et ExxonMobil (Rovuma LNG) dans l’impossibilité de garantir la sécurité à long terme de leurs installations.
Maputo a finalement repris le financement des forces rwandaises en juillet 2025 pour éviter un effondrement sécuritaire
. Le 29 janvier 2026, TotalEnergies a officiellement levé la force majeure et relancé la construction de son projet de 20 milliards de dollars à Afungi. ExxonMobil prévoit de prendre sa décision finale d’investissement (FID) d’ici juillet 2026, en coordination avec la reprise des infrastructures partagées avec TotalEnergies.
Les États-Unis ont imposé des sanctions aux Forces de défense rwandaises (RDF) pour leur soutien aux rebelles du M23 en République démocratique du Congo (RDC), une mesure qui pourrait affecter les soldats rwandais assurant la sécurité au Mozambique et plonger les activités des opérateurs TotalEnergies et ExxonMobil dans l’incertitude.
Le Bureau du contrôle des avoirs étrangers (OFAC) du département du Trésor américain a annoncé le 2 mars avoir imposé des sanctions au RDF et à quatre de ses hauts responsables pour avoir activement soutenu, entraîné et combattu aux côtés du Mouvement du 23 mars (M23), « un groupe armé sanctionné par les États-Unis et les Nations Unies (ONU) responsable de violations des droits de l’homme et d’une crise de déplacement massif de population en République démocratique du Congo ».
Le Trésor a déclaré que les Forces de défense rwandaises (RDF) avaient soutenu le M23 lors de sa prise de contrôle de territoires dans l’est de la RDC, notamment les capitales provinciales de Goma et Bukavu, ainsi que des sites miniers stratégiques. « Les offensives du M23 n’auraient pas été possibles sans le soutien actif et la complicité des RDF et de hauts responsables. »
Le secrétaire au Trésor, Scott Bessent, a déclaré qu’il s’attendait au retrait immédiat des troupes, des armes et du matériel des Forces de défense rwandaises de la RDC.
Ces sanctions pourraient compliquer les transferts financiers internationaux (système SWIFT) destinés à payer les troupes au Mozambique.
Aimé Binda