Un audit environnemental confidentiel, mené par le cabinet américain Alex Stewart International (ASI) pour le compte du gouvernement de la République démocratique du Congo (RDC), révèle une pollution préoccupante et généralisée par les hydrocarbures sur les sites exploités par la compagnie pétrolière franco-britannique Perenco. Ce rapport, publié par Africa Intelligence, met en lumière des manquements majeurs dans la gestion environnementale de la filiale Perenco REP, unique opérateur pétrolier du pays. Les conclusions d’ASI pointent de graves entorses aux normes de sécurité et de protection écologique dans la région côtière de Muanda (Kongo-Central).
Contamination avérée
Des prélèvements de sol et d’eau confirment une concentration anormalement élevée d’hydrocarbures, notamment près des torchères et des cours d’eau. Les puits inactifs ne sont pas démantelés conformément aux règles, laissant de la tuyauterie et des équipements à l’abandon.
Déversements non protégés
Du pétrole brut et des produits huileux sont déversés directement sur les sols sans aucune structure de rétention ou de protection.Aucune mesure n’est déployée pour capter le pétrole lors des opérations courantes de maintenance ou de réparation. Les opérations de torchage ont lieu sur des zones parfois non clôturées, ce qui les rend accessibles aux populations locales.
Chiffrage des coûts de remise aux normes
Le rapport du cabinet américain évalue les montants indispensables pour assainir et sécuriser la zone :
100 millions $ : Pour rendre les puits de pétrole conformes afin de stopper toute fuite additionnelle.
75 millions $ : Pour moderniser l’ensemble des réseaux de tuyauterie.
350 millions $ : Pour le démantèlement complet, l’obturation des puits, le nettoyage et la restauration végétale des zones exploitées.Incalculable : Le coût global pour le traitement indispensable des nappes phréatiques et des eaux contaminées reste trop élevé pour être estimé précisément. Face à ces accusations, Perenco rejette la responsabilité principale de ces dégradations. L’entreprise met en avant des actes fréquents de vandalisme, des opérations de raffinage illégal menées localement ainsi que du trafic de carburant transfrontalier. Les inspecteurs d’ASI ont toutefois formulé une mise en garde stricte sur la confidentialité du document, redoutant des pressions ou des entraves de la part de l’exploitant.Ce dossier vient alourdir la pression qui pèse sur l’énergéticien. Perenco doit faire face à des poursuites judiciaires, portées par des ONG comme Sherpa en France, pour préjudice écologique en RDC.
Coco Kabwika