Champagne et mannequins Instagram : le Fifty Beach Club de Kiev, temple « hédoniste » pour espions occidentaux
Aux quatre coins du monde, les espions se plaisent à se retrouver dans des lieux emblématiques, propices aux discussions feutrées comme aux rencontres impromptues. Cette semaine, Intelligence Online se rend au Fifty Beach Club de Kiev. Un établissement qui compte comme actionnaire le prince français du porno, où officiers de renseignement, combattants étrangers et beautés ukrainiennes se retrouvent.
Derrière les décibels de la techno et les lumières disco du Fifty Beach Club, temple « hédoniste » installé sur les berges du Dniepr, se cache un théâtre bien plus feutré : celui de la guerre de l’ombre menée par le renseignement occidental à Kiev.
Le lieu, connu pour attirer mannequins, mercenaires, cryptomillionnaires et vétérans tatoués de la Légion Internationale ukrainienne, est devenu depuis plus d’un an un point de rendez-vous discret pour les espions du continent, notamment français.
Installé à ciel ouvert, sur les hauteurs arborées de l’île Trukhaniv à Kiev, le Fifty Beach Club semble tout droit sorti d’un clip de rap tourné à Dubaï : piscine olympique de plein air, transats et banquettes blanches, DJ ukrainiens en vogue, femmes blondes siliconées au regard perdu et au corps affûté, Prosecco qui coule à flots et drogues à gogo…
Mais sous cette couche de décadence « bling », le club est devenu un point de rencontre officieux pour les agents secrets occidentaux opérant en Ukraine. Il aimante plus précisément ceux chargés de la gestion et du traitement des sources infiltrées dans la Légion Internationale du renseignement militaire ukrainien (GUR).
L’un de ces officiers traitants rencontrés par Intelligence Online à l’été 2024 avait résumé le lieu par une formule cynique : « C’est le seul endroit où tu peux recruter un sniper ou un droniste du GUR pendant qu’une actrice porno t’apporte ton verre de vodka. »
Car si la guerre en Ukraine a fait émerger des nouvelles formes de combat technologique, elle a aussi engendré un phénomène inédit, l’arrivée massive de volontaires étrangers, souvent aguerris, au sein de la Légion Internationale du GUR.
Un vivier de profils sensibles
Dans leurs rangs, on trouve d’anciens membres des forces spéciales britanniques et américaines, des baroudeurs latino-américains et même quelques ex-criminels de droit commun en quête de rédemption armée.
Ce sont ces profils que les services occidentaux courtisent discrètement, opérant fréquemment au « Fifty », à la lumière des néons et au rythme des sets des stars locales DJ Koloah et Nastia. Un verre de pétillant, un joint bien roulé, un sourire et une conversation : c’est le cocktail idéal pour soutirer une info clé sur une opération du GUR à Belgorod ou sur les coulisses d’une frappe de drone longue portée en territoire russe. Les codes sources du logiciel de fusion de données d’artillerie Kropyva ont aussi été largement échangés au sein de l’établissement, entre deux coupes de Prosecco.
Le Français de l’ombre
Élément troublant, comme l’ont indiqué trois sources familières du lieu, l’un des actionnaires du Fifty Beach Club n’est autre que Stéphane Michaël Pacaud, informaticien français, créateur et propriétaire du site pornographique XVideos, le plus visité au monde. Installé à Prague dans les années 2000 avant de s’établir en Europe de l’Est, il a bâti un empire dans l’industrie du X. Le magazine Challenges évalue sa fortune à 650 millions d’euros.
Selon plusieurs interlocuteurs, le nabab du « porno » est aujourd’hui une source d’information de premier plan pour le renseignement occidental. Il est décrit par ces initiés du « Fifty » comme un parfait connaisseur du cyberespace russe, mais aussi des réseaux bancaires secondaires utilisés par les oligarques pour contourner les sanctions occidentales, notamment les systèmes de « clean cash » déployés autour de Yandex Pay ou encore du circuit de paiement électronique russe Qiwi. Contacté via la boîte mail de sa société et par l’un de ses avocats, Stéphane Pacaud n’a pas répondu à nos sollicitations.
Le charme slave, levier humain
L’autre arme de séduction massive du « Fifty » à destination de sa clientèle masculine reste, bien sûr, son personnel. Des dizaines de jeunes femmes ukrainiennes, passées par les cabinets de chirurgie esthétique de Dubaï ou d’Antalya, déambulent en string blanc, lèvres botoxées et poses d’instagrameuses en reconversion.
Si certains clients succombent, d’autres, espions, peu regardants sur leur sécurité informatique, publient des photos de leur passage au club en taguant sans hésitation le nom de leur service.
IO