Accord de Washington : La Société Civile salue l’Initiative mais exige des garanties

Kinshasa, RDC – Suite à la signature d’un accord de paix et de sécurité entre la République démocratique du Congo et le Rwanda, sous l’égide des États-Unis le 27 juin dernier à Washington, l’Interplateforme de la société civile congolaise, par la voix de sa Coordonnatrice Madame Kathy Kalanga Kasesula , ont exprimé une position nuancée. Tout en saluant une démarche orientée vers une résolution pacifique du conflit qui ensanglante l’Est du pays, elles soulèvent une série d’inquiétudes profondes et exigent des garanties claires de la part du gouvernement congolais.

L’annonce de cet accord a ravivé l’espoir d’une paix durable pour des millions de Congolais affectés par des décennies de violence. « Nous saluons cette démarche de règlement des conflits par la voie pacifique et encourageons le chef de l’État congolais à multiplier les efforts pour une paix retrouvée afin que les Congolaises et Congolais vivent tranquillement sur le sol de leurs ancêtres avec ses frontières intactes, » a déclaré d’emblée madame Kalanga, reconnaissant ainsi l’importance du dialogue.

Cependant, cette approbation de principe est rapidement tempérée par un scepticisme nourri par l’expérience des nombreux accords passés, souvent restés lettre morte. La société civile, se posant en sentinelle des intérêts de la population, a articulé ses préoccupations en cinq points cruciaux, véritables préalables à une adhésion pleine et entière à ce nouvel accord.

Des inquiétudes légitimes en quête de garanties

La première et principale inquiétude porte sur la durabilité de la paix promise. « Quelles sont les garanties que le gouvernement congolais nous donne, nous, Congolais, la société civile, que cet accord va nous ramener enfin une paix durable ? » interroge Kathy Kalanga. Cette question fondamentale traduit la lassitude d’une population face aux cycles de violence et aux promesses non tenues.

La deuxième préoccupation est d’ordre territorial et sécuritaire. Alors que des localités entières du Nord-Kivu restent sous le joug des rebelles du M23, soutenus par le Rwanda selon les rapports des Nations Unies, la société civile demande : « Quelles sont les garanties que le gouvernement congolais nous donne pour récupérer nos territoires occupés par le rebelle du M23/AFC soutenu par le Rwanda dans un bref délai ? »

La souveraineté économique du pays constitue le troisième point d’achoppement. La crainte d’un pillage institutionnalisé des vastes richesses naturelles de la RDC est palpable. « Quelles sont les garanties que cet accord nous donne que nous n’allons pas brader nos richesses après sa signature ? » Une question qui met en lumière les soupçons de tractations économiques opaques qui pourraient se cacher derrière les négociations sécuritaires.

La quatrième inquiétude relève d’un réalisme prudent face à un partenaire jugé peu fiable. « Quelles sont les garanties que cet accord est le meilleur après plusieurs déjà signés avec le Rwanda ? » demande la déclaration, avant de souligner : « Nous savons qu’en face il y a le Rwanda, un État qui ne respecte pas souvent ses engagements. » La société civile s’interroge sur les leviers dont dispose la RDC si le Rwanda venait à faillir à sa parole, comme ce fut le cas, selon elle, avec l’accord-cadre d’Addis-Abeba. « Quels sont nos moyens de coercition ? »

Enfin, la question de l’impunité et de la justice pour les victimes est au cÅ“ur de la cinquième inquiétude. La société civile redoute que l’accord n’ouvre la voie à une amnistie déguisée pour les auteurs de crimes graves. « Quelles sont les garanties que cet accord ne va pas amnistier ou laver les rebelles et criminels ? »

Un appel à la transparence et à l’inclusion

Face à ce flot d’interrogations, les Interplateformes de la société civile lancent un appel pressant au gouvernement. Conscientes du risque de désinformation et d’interprétations divergentes au sein de la population, elles demandent une démarche inclusive et transparente. « Enfin, nous demandons au gouvernement congolais d’associer la société civile pour vulgariser cet accord puisque chacun va dans sa direction chez nous ici dans la population congolaise, » a conclu madame Kalanga.

Aimé Binda

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