Willy Manzi, Citoyen Canadien et Vice-Gouverneur du M23 : Le Canada face à l’Engagement de ses citoyens dans des rébellions armées

« Emmenez des entreprises canadiennes ici ! Envoyez-moi des PDG canadiens ! Nous pouvons leur donner des contrats ! », assure Willy Manzi.Il projette un voyage au Canada pour chercher des appuis au sein du gouvernement et du milieu des affaires.”Le Canada a plusieurs raisons de marcher avec nous” ajoute le vice -gouverneur du M23.

Willy Manzi a pris ses aises dans la luxueuse résidence officielle du vice-gouverneur, où ses gardes fouillent minutieusement les visiteurs, confisquant les appareils électroniques avant de les laisser entrer. Pour l’instant, sa femme et ses enfants demeurent au Québec, dans la modeste maison jumelée qu’il possède à Gatineau.

Son parcours illustre le flou entourant ce que le Canada est prêt à tolérer de ses citoyens, lorsqu’il est question de participer à des mouvements insurrectionnels armés ou de renverser des gouvernements étrangers. Les autorités canadiennes sont, par exemple, intervenues récemment pour arrêter un Québécois qui fomentait un coup d’État armé en Haïti, mais elles ont laissé tranquilles les leaders canadiens de la rébellion congolaise, malgré des condamnations officielles d’Ottawa.

 

Willy Manzi a quitté la RDC dans les années 1990, à l’âge de 8 ans, pour fuir les violences interethniques. Après avoir vécu dans différents camps de réfugiés, il est arrivé au Canada en 2013 et s’est établi dans la région d’Ottawa, où il a obtenu l’asile politique et la citoyenneté. « Le premier passeport que j’ai tenu dans mes mains était canadien », se souvient-il.

Il a travaillé comme gardien de sécurité au Musée des beaux-arts du Canada et à la Banque Scotia, puis en informatique, tout en s’impliquant dans des organismes canadiens de promotion de la paix et de lutte contre la pauvreté. Sur les réseaux sociaux, il affiche sa photo avec le général à la retraite Roméo Dallaire. Il dit avoir déjà rencontré des fonctionnaires fédéraux pour les sensibiliser au sort de la communauté tutsie en RDC.

Durant tout ce temps, il affirme ne jamais s’être habitué à l’alimentation nord-américaine. « La poutine, ce n’est pas de la nourriture, c’est juste quelque chose pour te faire grossir », lance-t-il avec dépit.

Graduellement, il a commencé à mobiliser la diaspora en faveur du M23, qui multipliait les victoires militaires en RDC contre le gouvernement, les Casques bleus de l’ONU, ainsi qu’une force multinationale de pays africains déployée pour freiner la rébellion

À titre de vice-gouverneur de la province du Nord-Kivu, M. Manzi est au cœur de ce nouveau pouvoir qui rêve de négocier des ententes avec les grandes puissances concernant les richesses immenses du pays, dont les minerais critiques utilisés dans la fabrication de téléphones intelligents, de voitures électriques et d’ordinateurs. C’est là que le vice-gouverneur du M23 veut le rôle du Canada dans des négociations sur les minerais stratégiques.

Avec La Presse

 

Partage