Parc marin de la mangrove: Les images satellites vues par Rebholz ont repéré deux ports illégaux de contrebande des bois et de pétrole “qui seraient des propriétés liées au général Amisi Tango Four”

Lorsqu’un écologiste tente de mettre fin à l’exploitation forestière illégale, à la contrebande et à la pollution dans le parc de mangroves de la RDC, l’une des forêts les plus importantes au monde, les représailles ont été massives et rapides.

Kim Rebholz,un Franco-suisse, avait été engagé en 2022 par le gouvernement de la République démocratique du Congo pour protéger le parc marin de la mangrove, une réserve naturelle internationalement reconnue située sur le littoral du pays.
Rebholz avait étudié attentivement les images satellites de la région et avait repéré d’abord un port en bois qui se distinguait nettement. Il a confirmé ce qu’il avait vu par satellite : un port illégal servant de porte d’entrée vers l’océan Atlantique, avec des milliers de grumes, ​​empilées et prêtes à être exportées.
« Ce sont des troncs provenant de la partie principale de la forêt tropicale congolaise », explique Rebholz. Le port appartient à un groupe chinois nommé Congo Dihao. Ce dernier est étroitement lié à une entreprise forestière dont les activités sont parmi les plus douteuses du Congo. Une étude récente commandée par des agences de conservation internationales et congolaises indique : « La seule grande entreprise qui extrait et exporte du bois de rose africain est Congo Dihao (anciennement Maniema Union). »
Ce sont les origines de cette entreprise qui la relient au passé violent de la RDC. Selon certaines informations, Maniema Union était auparavant liée à l’un des hommes de main de Kabila, le général Amisi, également connu sous le nom de « Tango Four ». Amisi, qui est aujourd’hui inspecteur général des forces armées de la RDC, a été sanctionné par le Royaume-Uni, l’Union européenne et les États-Unis pour répression violente et violations des droits de l’homme.


Selon un rapport de Global Witness datant de 2023, le bois, exporté vers la Chine via Wan Peng International, était acheminé depuis ce port improvisé situé dans le parc marin de la mangrove.
Congo Dihao affirme être propriétaire d’un port légal disposant de toutes les autorisations nécessaires. L’entreprise précise que Maniema Union n’est pas affiliée à Congo Dihao. Wan Peng International et Amisi n’ont pas répondu aux demandes de commentaires.

Rebholz a reconnu l ‘existence d’un autre port illégal – cette fois-ci une base de contrebande de pétrole. Il en a fait la découverte après une réunion « surréaliste » avec le chef d’une zone locale, au cours de laquelle ils discutaient de l’éventuelle aménagement d’une aire de débarquement sur les rives du fleuve. À son retour sur place, il a constaté que toute la mangrove avait été rasée et que le terrain était désormais divisé en parcelles où étaient entreposés des milliers de barils de carburant en plastique.


Selon Rebholz, le port constituait une plaque tournante essentielle pour le trafic de pétrole acheminé clandestinement par voie maritime depuis une raffinerie située sur la côte nord de l’Angola jusqu’à Kinshasa, la capitale de la RDC. Un cadre du secteur pétrolier lui a confié que ce trafic représentait près d’un tiers du carburant vendu à Kinshasa.
Après avoir découvert l’opération, Rebholz a écrit à l’administrateur du district pour signaler le risque que représentait un port de contrebandiers non réglementé et incontrôlé, rempli de bidons d’essence.
Ses craintes se sont révélées tragiquement prémonitoires. Trois mois plus tard, une gigantesque explosion a provoqué la fuite de 8 000 barils de pétrole, réduits en cendres. Plus de trois hectares de mangroves ont été détruits, selon la presse locale.
Rebholz n’en pouvait plus. Dressant la liste des différentes manières dont son parc était pillé et détruit, il écrivit à ses supérieurs pour exiger la création d’une commission d’enquête. Ce fut le moment où tout bascula.
« En l’espace d’un mois et demi », dit-il, « les représailles se sont multipliées à un rythme effréné. »
Il a alors écrit au ministre de l’Environnement de la RDC – avec copie au président Tshisekedi – pour lui exposer les dégâts environnementaux qu’il avait constatés dans le parc et désigner les personnes qu’il tenait pour responsables. Parmi elles figuraient Cosma Wilungula, ancien directeur général de l’ICCN et, de fait, responsable du parc des mangroves ; Augustin Ngumbi, alors représentant de la RDC auprès de la CITES, la prestigieuse agence internationale de protection de la faune sauvage ; et l’ancien président de la RDC, Joseph Kabila.
Ngumbi a déclaré qu’il n’avait pas été informé des allégations de Rebholz à l’époque et qu’il s’agissait de « pures inventions ». Wilungula a affirmé que ces allégations étaient « fausses, trompeuses et politiquement motivées » et qu’il avait quitté l’ICCN avant la prise de fonction de Rebholz à la direction du parc. Il a ajouté que la société de Kabila n’avait jamais représenté une menace pour le parc et que l’ancien président avait contribué à lutter contre le braconnage. Les représentants du gouvernement de la RDC, de l’ICCN et du parquet n’ont pas répondu aux demandes de commentaires.

Le gouvernement américain a par la suite déclaré que Ngumbi et Wilungula ne seraient pas autorisés à entrer aux États-Unis « en raison de leur implication dans d’importants faits de corruption » liés au trafic d’espèces sauvages. Tous deux ont nié les allégations et affirmé qu’aucune preuve ne les étayait.
Kabila, quant à lui, a été jugé par contumace le mois dernier par le gouvernement de la RDC pour trahison, crimes contre l’humanité et corruption, et reconnu coupable.

Josephine Moulds et Sonya Rolley

Partage