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Jean-Jacques Wondo et 52 autres personnes devant le tribunal militaire suite à la tentative du coup de force du 19 mai.

Le dimanche 19 mai au petit matin, le quartier huppé de Kinshasa, à proximité du fleuve, non loin des résidences verdoyantes de certains diplomates étrangers, s’est réveillé à coups de détonation d’armes à feu.

Une quarantaine d’individus, arborant une tenue militaire flanquée du drapeau zaïrois, venaient d’attaquer sur le coup de 4 h 30 du matin, la propriété de Vital Kamerhe ; ancien colistier de Félix Tshisekedi dans la campagne présidentielle de 2018, ministre sortant de l’Économie et futur président de l’Assemblée nationale ; tuant deux policiers commis à sa garde, sans tenter pour autant un assaut sur la résidence principale.

Dans la foulée de cette attaque, l’équipage bigarré a mis le cap sur le Palais de la Nation, un des lieux symboliques du pouvoir présidentiel congolais, situé non loin de là. Sans combattre, les assaillants ont pénétré dans ce lieu et leur chef, Christian Malanga, un ancien militaire zaïrois installé depuis quelques années aux États-Unis, a commencé une vidéo live pour mettre en scène la descente des couleurs nationales et hisser le drapeau Félix Tshisekedi.

Un procès rapide
Moins de trois semaines après les faits, la plupart des acteurs de ce qui a été qualifié de “tentative de coup d’État” par le porte-parole de l’armée congolaise, se retrouvaient ce vendredi devant les juges militaires au sein de la prison de Ndolo. Les prévenus doivent répondre : “d’attentat, de terrorisme, de détention illégale d’armes et de munitions de guerre, tentative d’assassinat, association de malfaiteurs, meurtres et financement de terrorisme”.

Le leader affiché de ce mouvement, Christian Malanga, a été abattu avec trois autres assaillants lors de l’intervention des militaires congolais au Palais de la nation. Il ne pourra jamais expliquer le fondement de sa démarche qui a visé un homme et un lieu du pouvoir, vide à cette heure de la journée un dimanche. “Cette opération n’avait aucune chance d’aboutir. En s’attaquant à ces lieux sans chercher à prendre la télévision, l’aéroport ou à tenter de rallier des casernes militaires. Les mutins étaient adossés au fleuve Congo, loin de tout, ce ne pouvait être qu’un échec”, explique le colonel P. de l’armée congolaise qui “refuse de croire dans la culpabilité de Jean-Jacques Wondo”. L’expert militaire, de nationalité belge (l’article 10 de la Constitution congolaise interdit la double nationalité), formé à l’École royale militaire a été arrêté 48 heures après les faits. M. Wondo avait rejoint depuis quelques mois les rangs des services de renseignement congolais comme conseiller.
”On lui reproche une vieille photo où on le voit avec Christian Malanga”, explique un membre de sa famille qui évoque plutôt des tensions entre deux grands services de renseignement congolais pour tenter d’expliquer l’arrestation de Jean-Jacques Wondo qui se préparait à rentrer en Belgique pour donner un cours aux futurs officiers belges de l’École royale militaire.

« Pis que les Picaros »
« Ce qui est incompréhensible dans ce dossier, c’est que l’atteinte à la Sûreté de l’État n’est pas une prévention retenue contre les prévenus”, explique un avocat congolais, qui préfère conserver l’anonymat “dans le contexte actuel”. “Les autorités militaires expliquent qu’elles ont mis fin à une tentative de coup d’État mais il n’y a aucune référence au coup d’État dans l’ordonnance du tribunal militaire, c’est inconcevable”, poursuit-il.

”Il n’y a aucune poursuite, fût-ce disciplinaire, contre le commandant de la garde républicaine chargée de sécuriser le palais de la Nation où les insurgés sont entrés sans coup férir”, explique Hervé Diakiese, avocat et porte-parole du parti Ensemble pour la République de Moïse Katumbi, qui ajoute : “il y avait plus de sérieux dans le coup d’État du général Alcazar dans tintin et les Picaros que dans ce qu’on, a vécu à Kinshasa le 19 mai”.

 

Ce vendredi, pour la première audience, le ministère public a donné lecture des éléments qui sont reprochés à Jean-Jacques Wondo. “Il y a trois points, explique Maître Carlos Ngwapitshi, son avocat. Il aurait prêté son véhicule de service aux assaillants, ce qui est faux et facilement démontrable. Son véhicule a été saisi bien après les faits sur le parking de l’ANR. On lui reproche ensuite d’avoir porté le jour de l’attaque, la même chemise que celle qu’il portait sur la photo, prise en 2017, où il se trouve en compagnie de Malanga. Enfin, on lui reproche d’avoir effacé des messages sur WhatsApp dans une conversation qu’il aurait eue avec le chef de l’attaque. la charge de la preuve leur revient. Qu’ils démontrent ce qu’ils annoncent. On ne poursuit pas une personne sur des déclarations mais sur des faits”, Conclut Me Ngwapitshi.

Afrique.lalibre.be

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